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Un diplôme : pour quoi faire ?

Indispensable pour les uns, insuffisant pour les autres, le diplôme a perdu de sa superbe. A défaut d'ouvrir en grand les portes vers l'emploi, il les entrebâille et aide à cheminer dans l'entreprise tout au long de la vie. Ce qui, en période de crise, n'est déjà pas si mal. De leur côté, juristes et sociologues de la région planchent pour en cerner la valeur et l'utilité.

“Passe ton bac d'abord ! ”, “A quoi bon ?”, répondent les plus dubitatifs. Certains ont fait sans diplôme et particulièrement bien réussi, à l'image de Xavier Niel, patron de l'opérateur Free, ou Gérard Mulliez, fondateur du groupe Auchan. Mais le pari est risqué car ces cas sont rares. La part des non-diplômés qui pointent au chômage est particulièrement élevée : en 2010, 40% des jeunes non-diplômés sont sans emploi trois ans après la fin de leurs études, contre 9% des diplômés de l'enseignement supérieur. Frein à l'emploi mais aussi exposition plus importante à des postes précaires, périodes de chômage plus fréquentes au cours de la vie professionnelle : selon les enquêtes nationales menées par le Centre d'étude et de recherche sur les qualifications (Cereq), à Marseille, il ne fait pas bon bouder les diplômes. La période de crise actuelle noircit encore un peu plus le tableau. Les employeurs n'ont que l'embarras du choix pour recruter chez les jeunes et privilégient les diplômés, fussent-ils surqualifiés. Ces phénomènes n'ont pas échappé à la communauté régionale de chercheurs, principalement juristes et sociologues, qui étudient les liens existants entre les diplômes, l'insertion professionnelle et le déroulement des carrières.

Diplômes, un indéniable atout

Le diplôme a donc encore une utilité, voire plusieurs. Pour exercer certaines professions dites réglementées, il est même indispensable. Impossible par exemple de pratiquer la médecine ou le métier de géomètre-expert sans être titulaire du diplôme adéquat délivré par l'Etat. Des secteurs comme l'enseignement et la formation ou l'assurance et la banque n'embauchent pas sans diplôme. Tous secteurs confondus, le diplôme reste par ailleurs un atout de taille pour convaincre un employeur en vue d'un recrutement. Plus tard, une fois plongé dans la vie professionnelle, chacun peut en principe compléter ses qualifications par le biais de la formation continue. Un moyen pour mettre à jour ses compétences, occuper de nouvelles fonctions au sein de l'entreprise, changer de cap et de secteur mais aussi... obtenir un diplôme. Les jeunes l'ont bien compris, notamment les non-diplômés, et ils sont de plus en plus nombreux à avoir recours à la formation dans les premières années de leur vie active.

Si le choix est vaste, toutes les formations ne se valent pas. Certaines sont diplômantes, d'autres pas. Au royaume de la formation continue, ce sont les certifications qui règnent en maîtres. « Les diplômes cohabitent avec les titres délivrés par des organismes privés et les certificats de qualification professionnelle (CQP) valables dans un secteur d'activité particulier. Par exemple, seuls les professionnels du sport reconnaissent le CQP “animateur tir à l'arc” », explique Pascal Caillaud, chercheur CNRS au Laboratoire droit et changement social à l'Université de Nantes et à la Maison des sciences de l'Homme Angue-Guépin. L'Etat partage donc le gâteau de la formation avec d'autres acteurs tels que les écoles, les organismes de formation, etc. qui délivrent leurs propres distinctions. Un répertoire national des certifications professionnelles a été créé en 2002 pour en recenser un maximum et établir un classement par niveau. « Ce mode de reconnaissance des certifications est un modèle parmi d'autres en Europe. Il faudrait l'articuler avec ceux de nos voisins pour que les titres puissent circuler entre les pays. Cette mobilité existe déjà pour les diplômes », souligne Pascal Caillaud qui vient d'engager des travaux de recherche à cette fin.

Accélérateur de rémunération

En France, le diplôme est par ailleurs intimement lié au niveau de salaire, au travers de ce que l'on appelle les conventions collectives. Ces textes fixent entre autres les conditions de travail et les grilles de rémunération dans chaque branche professionnelle, de la métallurgie à l'industrie chimique en passant par la presse ou la restauration rapide. Pour en apprendre davantage, Pascal Caillaud a scruté plus de 200 conventions collectives. « La question est de savoir si le diplôme figure dans ces textes et si oui, quelle place il occupe », résume le juriste. Les résultats précis seront connus en 2013. Dans les faits, un employeur n'est pas obligé de tenir compte du diplôme ou de tout autre titre pour embaucher ou rémunérer ses salariés. “Mieux vaut donc négocier ces points avant de s'engager dans une formation”, conseille Pascal Caillaud. Mieux vaut s'entendre aussi sur le financement de la formation qui peut-être pris en charge par l'employeur, un organisme dédié ou... bibi. Acquis pendant ses études ou au cours de la vie professionnelle, un diplôme reste un diplôme : un piston en bonne et due forme.

Anne Le Pennec
 

Infos complémentaires

  • Consulter le site : Les enquêtes du CEREQ
  • Consulter le site : Répertoire national des certifications professionnelles

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