Vous êtes ici

Denis Jacquemin, Chimiste

Denis Jacquemin, chimiste au laboratoire Chimie interdisciplinarité, synthèse, analyse, modélisation (CEISAM) et professeur à l’Université de Nantes.

Quel résultat scientifique vous a le plus marqué ?
Sans détour, l’invention du zéro. Sans lui peu de choses seraient possibles : pas d’ordinateur, pas de maths modernes, aucune technologie… Ce qui m’impressionne, c’est la façon dont l’introduction d’un seul symbole a tout changé, une variation minuscule en apparence dont l’impact est fantastique. C’est si vrai que l’on ne s’en rend même pas compte. Le zéro semble être une chose naturelle. Or il ne l’est pas !

Quelle personne a le plus compté dans votre parcours ?
Mon directeur de thèse Jean-Marie André, actuellement professeur émérite à l’Université de Namur, en Belgique. Lorsque j’ai obtenu l’équivalent du BAC, je me suis inscrit en chimie un peu par hasard. Au terme de mon master, j’ai commencé une thèse parce qu’il me l’a proposé, sans aucune certitude que je ferai de la recherche toute ma vie. Jean-Marie André m’a fait confiance et n’a pas cherché à tout contrôler. Si bien qu’il m’a appris ce qui pour moi est le plus important en recherche : la liberté. De même que le caractère motivant d’une activité consistant à tenter de découvrir quelque chose qui n’existe pas encore !

Qu’aimeriez-vous voir démontré ou compris ?
Beaucoup de choses ! Mais une question me passionne particulièrement : qu’est-ce qu’une pensée ? La biologie et la neurobiologie apportent une partie de la réponse, mais c’est encore très incomplet. Or c’est une question fascinante car la science y tutoie la philosophie. D’ailleurs, qui sait si la science peut prétendre y répondre un jour ! Une chose est sûre, cette réponse nécessitera au minimum un travail interdisciplinaire, ce qui en soi est déjà très intéressant.

Qu’est-ce qui vous semble important mais dont on ne parle jamais ?
Si je le savais, je m’y attellerai ! Plus sérieusement, cette question ne m’inspire pas beaucoup. Il me semble que la plupart des questions scientifiques importantes scientifiquement font l’objet de travaux de recherche, même si ceux-ci ne sont pas toujours également visibles ou ne reçoivent pas une grande attention de la part du public ou de la société.

Quel conseil donneriez-vous à un jeune souhaitant s’engager dans une carrière scientifique ?
Qu’il faut s’accrocher parce que c’est long et difficile. Il faut donc en avoir fortement envie. Autrement dit, il faut y croire tout en gardant à l’esprit que ce ne sera pas rose tous les jours. La recherche est un métier particulier : on s’investit facilement pendant une dizaine d’années, tous les jours, avant de trouver un poste pérenne. Si on y parvient ! Il faut donc trouver le juste équilibre entre rêve et lucidité. De ce point de vue, ce n’est pas facile de donner des conseils. Peut-être faut-il simplement ne pas trop écouter les conseils de ceux qui en donnent !

Quel livre emporteriez-vous sur une île déserte ?
Sachez que je serais bien incapable de vivre sur une île déserte avec un seul livre ! Ce serait un drame. Au minimum, j’emmènerais la collection complète des Gaston Lagaffe de Franquin. Ce personnage est le plus fantastique chimiste que je connaisse ! Je n’ai pas de talent artistique, je suis donc très admiratif de ceux qui parviennent à engendrer quelque chose à partir de rien, comme Franquin… Mais un seul livre, ce serait définitivement impossible !
 

Ajouter un commentaire