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Et l’eau coula sur Mars

La mission Curiosity confirme ce que les scientifiques supputaient : des rivières ont existé sur la planète rouge.

L’eau a coulé sur Mars. Les scientifiques en sont désormais sûrs. En mai dernier, dans le cadre de la mission Curiosity, une équipe de recherche a publié un article sur le sujet dans la revue américaine de référence Science. Deux chercheurs de l’Université de Nantes en sont co-signataires : Nicolas Mangold, géologue, et Stéphane Le Mouélic, ingénieur de recherche et spécialiste du traitement des images. Ils travaillent tous les deux au Laboratoire de Planétologie et Géodynamique de Nantes (LPGN). "On soupçonnait les écoulements, détaille Nicolas Mangold. Mais on n’avait pas pu le démontrer jusqu’à aujourd’hui."
 
Depuis le début de la mission Curiosity, le rover a roulé plusieurs centaines de mètres. Posé en août 2012 dans une plaine du gigantesque cratère Gale, il doit rejoindre à terme le mont Sharp, situé au milieu de ce cratère, à une distance de presque 8 km. C’est sur ce trajet que les équipes de la mission ont décidé d’ausculter des roches, en partie déjà repérées en orbite grâce aux sondes Mars Express et Mars Reconnaissance Orbiter. "Nous avons pu le faire notamment grâce à la ChemCam, continue Nicolas Mangold. L’instrument comporte une caméra très performante et elle nous a donné les premières indications de conglomérats. Une rivière a transporté des galets. Ceux-ci ont été assemblés par des grains de sable, le tout cimenté par l’eau." Les conglomérats ainsi formés ont fini par sédimenter. "Puis ils ont été enterrés sous d’autres sédiments pour former des roches compactées, et de nouveau exposés en surface", détaille Stéphane Le Mouélic. 
 
Hydrogène
 
Passé le premier cap de l’observation visuelle, les chercheurs ont utilisé le laser de la ChemCam. L’engin est en effet doté d’un système d’analyse des roches à distance. "Les résultats nous montrent que ces conglomérats contiennent de l’hydrogène dans la roche, continue Nicolas Mangold. Cela montre qu’il y a des minéraux hydratés liés à la présence d’eau liquide jadis." Evidemment, la première idée qui traverse l’esprit est celle de la présence d’une éventuelle trace de vie passée sur la planète rouge. Petits poissons et herbe verte sur la rive... ? Pas si simple. Car l’existence de cours d’eau ne veut pas forcément dire qu’il y a eu un jour une quelconque forme d’organisme, même primitif. De plus, un cours d’eau "transporte" et ne dépose pas, ce qui amoindrit encore les chances de trouver sur ce site des indices de vie passée. 
Les scientifiques sont donc pour l’instant très prudents. "Le site d’atterrissage du rover, près du mont Sharp, se situe à côté d’un cône alluvial, précise Nicolas Mangold. Ce que nous avons observé provient donc sans-doute d’une rivière qui convergeait vers ce cône." Un cône alluvial est un amas de débris à l’embouchure d’un ancien torrent. Le plus souvent, il a une forme triangulaire et épouse les contours d’un versant. Nicolas Mangold : "Nous sommes sans-doute là en présence d’un régime de petite rivière de montagne." Pas plus de 90 cm de profondeur. Des filets d’eau ont ainsi dévalé ces pentes légères il y environ trois milliards d’années, sans doute pendant quelques centaines de milliers d’années.
 
Prochaine étape : le mont Sharp. Là-bas, les équipes espèrent découvrir des sites contenant de l’argile. "Depuis le début de la mission, Curiosity a effectué deux forages qui ont déjà révélé la présence dans les sols de 20 à 30% d’argile, dans un contexte peu salé et peu acide, explique Stéphane Le Mouélic. Pour se former, l’argile a besoin d’eau liquide. C’est aussi un milieu très favorable pour conserver des traces d’une éventuelle chimie organique." Les scientifiques sont donc impatients d’explorer les strates qui se sont formées au pied du mont Sharp, et qui présentent les signatures d’argiles les plus fortes vues depuis l’orbite. Mais Stéphane Le Mouélic explique : "Nous sommes sur un mode exploratoire. Le rythme de la mission dépend de ce que l’on trouve sur le terrain". Avec des déplacements de 40 à 100 mètres par jour, Curiosity devrait arriver d’ici quelques mois sur ce nouveau site. Patience donc.
Laurent Salters
 

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