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Le xénope lisse, visiteur indésirable

En Pays de La Loire, le xénope lisse s’est fortement installé. Avec la mondialisation, le problème des espèces invasives est devenu central. 

Il n’y a pas que la finance qui profite de la mondialisation ! Avec l’augmentation exponentielle des échanges, certaines espèces aussi voyagent. Les chercheurs observent ces dernières années un nombre croissant d’introductions d’espèces exotiques sur l’ensemble du globe. Une fois déplacées, certaines populations prolifèrent et deviennent envahissantes en l’absence de prédateurs, de parasites ou de conditions climatiques suffisamment rigoureuses. Elles impactent populations et peuplements locaux. Parfois même jusqu’à provoquer des extinctions. Résultat : les espèces invasives sont reconnues comme un des facteurs majeurs du déclin actuel de la biodiversité à l’échelle mondiale.  Les espèces exotiques génèrent par ailleurs des coûts économiques importants liés à leur contrôle ou à leur éradication. Dans la seule Union Européenne, ceux-ci sont ainsi évalués à plusieurs dizaines de milliards d’euros pour les vertébrés.
 
Amphibiens
 
Parmi les amphibiens, la grenouille taureau Lithobates catesbeianus et le crapaud buffle Rhinella marina sont deux exemples célèbres. Introduite sur plusieurs continents, Lithobates catesbeianus est considérée comme une des pires espèces envahissantes. Cette grenouille de grande taille consomme de nombreux invertébrés et vertébrés - dont les amphibiens locaux - qu’elle côtoie dans les sites de reproduction. De son côté, Rhinella marina a été importé, à l’origine dans les cultures de canne à sucre d’Australie pour éradiquer les ravageurs. Mais le crapaud s’est vite échappé. Après 70 ans, le front de colonisation s’est déplacé de plusieurs milliers de kilomètres. L’espèce est hautement toxique pour la faune locale. Et elle entraîne en plus de fortes mortalités chez les prédateurs d’amphibiens.
 
Plus proche de chez nous, l’ouest de la France abrite depuis une trentaine d’années un amphibien exotique : le Xénope lisse ou Xenopus laevis. Originaire d’Afrique australe, le Xénope est un modèle en biologie qui a été utilisé comme test de grossesse jusqu’à l’avènement de méthodes plus performantes. C’est probablement d’un élevage destiné à ce type d’utilisation que provient la population initialement établie dans les Deux-Sèvres. L’introduction dans le milieu remonterait aux années 80, suite à la fermeture de l’élevage dans la commune où l’espèce a précisément été détectée à la fin des années 90. En 2009, des actions de lutte systématiques ont été entreprises par la communauté de commune de l’Argentonais. L’exemple du Xénope illustre un problème courant posé par les espèces invasives : celui du temps de réaction. La latence entre l’introduction et la détection puis entre la détection et l’action est souvent longue. Or, ces délais réduisent les chances d’éradiquer une population avant qu’elle ne soit hors de contôle.
 
Inquiétudes
 
Aujourd’hui, la présence du Xénope lisse soulève de vives inquiétudes. Il présente une forte productivité. Son régime alimentaire généraliste et sa grande taille en font un prédateur de nombreuses espèces. Il est aussi porteur sain d’un champignon dont certaines lignées peuvent provoquer des mortalités importantes chez d’autres amphibiens. Plus inquiétant encore, l’espèce est présente sur le bassin de la Loire, lequel couvre 20 % du territoire français et inclut de grandes zones humides. Or, les réseaux hydrographiques sont des corridors naturels pour l’expansion des populations. Le Xénope lisse - essentiellement aquatique - pourrait utiliser les cours d’eau pour sa dispersion. Les derniers recensements ont montré qu’il était bien établi sur les vallées de deux affluents de la Loire, le Thouet et le Layon en Maine-et-Loire.
 
Un programme collaboratif d’étude et de lutte a été initié à l’échelle interrégionale. Ses travaux, s’ils sont soutenus financièrement, permettront de mieux connaître l’impact écologique de l’espèce, son mode de dispersion, et d’élaborer une stratégie de lutte pertinente. Un premier pas a été franchi en testant avec succès une méthode d’ADN environnemental. Il est maintenant possible de détecter la présence de l’espèce même à faible densité grâce à l’ADN qu’elle laisse dans les milieux aquatiques. Cette méthode permettra de délimiter avec plus de précision que les méthodes de capture classiques l’aire de distribution de l’espèce. Un pré-requis essentiel pour toute les actions de recherche et de lutte concernant les espèces invasives.
 
Jean Secondi, Maître de conférence au GECCO à l'Université d'Angers

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