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Jeux de hasard et paris sur internet

Marie Grall-Bronnec, psychiatre dans le service d’addictologie du CHU de Nantes, a participé à l’expertise collective menée par l’INSERM sur les conduites addictives chez les adolescents. Les conclusions en ont été présentées début février.

Dans la société d’aujourd’hui, la place des adolescents est un peu particulière. Ni vraiment enfants, pas encore tout à fait adultes. C’est l’époque où les jeunes boivent leurs premiers verres d’alcool, fument parfois leurs premières cigarettes. Souvent ils s’initient aussi à des substances illicites, comme le cannabis. La Mission Interministérielle de Lutte contre la Drogue et la Toxicomanie (MIDLT) a sollicité l’INSERM (Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale) dans l’objectif d’établir un état des lieux de la connaissance scientifique sur la consommation de substances dont l’usage est notable chez les jeunes et pour lesquelles un risque de comportements addictifs est avéré. Le rapport a été remis à la MIDLT courant février. Psychiatre dans le service d’addictologie du CHU de Nantes, Marie Grall-Bronnec a participé à cette expertise collective. Elle revient pour Culture Sciences sur les nouveaux comportements liés à Internet.

Culture Sciences : Quelle est l’originalité de ce rapport ?
Marie Grall-Bronnec : Le rapport est une synthèse des études qui existent sur le sujet. À ce titre, il ne comporte pas réellement de nouveauté. L’originalité de cette expertise réside surtout dans le focus qu’elle opère sur la population à risque que représentent les adolescents. Et dans le fait que nous prenons en compte les comportements et les substances. Il est inédit de s’intéresser à l’ensemble de ces données et de faire des propositions en termes de prévention.

Culture Sciences : Internet prend-il une nouvelle place ?
Marie Grall-Bronnec : Oui. Il y a, au fil du temps, un rajeunissement de ce que nous appelons la file active, c’est-à-dire la population de patients qui consultent dans notre service, et qui est directement liée à l’usage d’internet. Cela concerne plutôt les 25/30 ans, mais dès l’adolescence, ces comportements doivent être anticipés. Je pense notamment aux paris sportifs et au poker en ligne. Pour ces jeux-là, internet représente clairement un facteur de risque. Il y a moins de limites. Il est facile de s’inscrire et de jouer 24 heures sur 24 si on le souhaite. Internet préserve aussi l’anonymat. C’est plus simple que d’aller dans un casino ! Mais en même temps, l’addiction aux jeux sur internet contribue à ce que les gens demandent plus tôt des soins. L’entourage se rend assez vite compte que quelque chose ne va pas.

Culture Sciences : Quelles mesures de prévention préconisez-vous dans le rapport ?
Marie Grall-Bronnec : D’une manière générale, il faut adapter les mesures en fonction des âges. Dès la fin du primaire par exemple, il faut intervenir en prévention sur la consommation du tabac et sur les jeux vidéo. Les premières cigarettes se consomment au collège. Agir trop tôt ou trop tard ne sert à rien. Pour les adolescents, il est important de développer leurs compétences afin qu’ils se sentent plus sûrs d’eux. L’influence des pairs à ces âges est déterminante. Si l’on ne se sent pas sûr de soi, on dit “oui” plus facilement et l’on prend davantage de risques. Si le jeune a une meilleure estime de lui-même, il sera plus libre de son choix. Il aura plus d’armes pour ne pas tomber dans l’excès. Pour développer cette estime de soi, on peut mettre en place des jeux de rôles qui permettent de développer ses propres compétences. Mais les parents doivent être partie prenante pour que ces dispositifs fonctionnent.

Culture Sciences : L’école est donc un lieu privilégié d’intervention ?
Marie Grall-Bronnec : Oui. C’est le seul qui réunisse tous les acteurs concernés. C’est là que l’on pourra opérer un repérage ciblé couplé à de la prévention. Je pense par exemple à l’opération mise en place à Dijon par la Société d’Entraide et d’Action Psychologique (SEDAP). À travers un système de personne référente, les adolescents repèrent eux-mêmes au sein de leur groupe ceux qui sont les plus fragiles. L’école est aussi le lieu qui permet d’évaluer ces programmes de prévention. Car il faut être bien sûr de ne pas provoquer l’effet inverse. Un discours qui provient de l’institution peut parfois avoir des effets inattendus et contre-productifs.

Propos recueillis par Laurent Salters

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