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Donner un cadre à la lutte contre le changement climatique

2014 marque la publication du 5ème rapport du Groupe d’Experts Intergouvernemental sur le Climat (GIEC). Le pire est peut-être à venir.

Si on prend le rapport au pied de la lettre, il va falloir se dépêcher de quitter la planète ! Le 5ème rapport du GIEC, dont les trois premières parties sont sorties successivement ces neuf derniers mois, ne fait que confirmer la tendance des publications précédentes : le pire est sans doute à venir et les mesures envisagées pour l’instant sont loin d’être suffisantes pour atténuer les effets du changement climatique dû à l’homme. La barrière symbolique des 2 C° de réchauffement à ne pas dépasser durant le siècle paraît quasiment impossible à respecter. Tous les esprits sont désormais tournés vers la conférence de Paris de 2015, d’ores et déjà considérée comme une étape cruciale. Car les négociations sur le climat doivent préalablement élaborer un cadre juridique international pour pouvoir lancer des mesures au niveau des états.
Sandrine Rousseaux est chargée de recherche au CNRS, à l’Université de Nantes. Juriste de formation, elle travaille sur les politiques environnementales. Actuellement, elle s’intéresse aux dispositifs de soutien aux énergies renouvelables et à l’efficacité énergétique.

Culture Sciences : Quel regard portez-vous sur ce 5ème rapport du GIEC ?
Sandrine Rousseaux : Il est malheureusement dans la continuité des rapports précédents. Mais il apporte plus de certitudes. A chaque fois, le GIEC pointe la responsabilité des activités humaines. En 2001, elle est probable. En 2007, très probable. En 2014, elle est extrêmement probable ! On est sûr à 95% de la responsabilité des hommes dans le changement climatique. Les scénarios alarmistes que le GIEC avait déjà mis en avant dans ses rapports précédents sont confirmés : en prolongeant la trajectoire des émissions actuelles de gaz à effet de serre, la température globale de la terre pourrait augmenter d’environ 3 à 5 C° d’ici la fin du siècle par rapport aux valeurs pré-industrielles. Et le niveau de la mer pourrait s’élever jusqu’à 1 mètre.

Culture Sciences : On a beaucoup dit que le GIEC prenait davantage partie avec ce rapport ?
Ce qui est sûr, c’est que pour la première fois, le rapport met fortement l’accent sur les énergies renouvelables. Il y a un lien net qui est effectué entre les sources d’énergie bas carbone (source d’énergie ne faisant pas appel au charbon et au pétrole et n’émettant pas de gaz à effet de serre - NDLR) et le scénario de stabilisation à 2 C° qui représente la version optimiste du rapport. Il nous faut absolument en passer par une décarbonisation rapide de tous les secteurs de l’économie, grâce aux énergies renouvelables et aux économies d’énergie. Ce rapport prend aussi partie sur le nucléaire et la capture et le stockage du CO2. Le premier est considéré comme trop cher et le second plus théorique que pratique.

Culture Sciences : Où en est-on des négociations sur le climat ?
Il y a un quasi-vide juridique depuis l’expiration fin 2012 du protocole de Kyoto, qui était le seul accord contraignant pour les états. Lors des négociations, la discussion porte désormais sur le cadre applicable à partir de 2020. La difficulté, c’est notamment la participation incomplète des USA (qui n’ont jamais ratifié Kyoto) ou du Canada (qui l’a ratifié mais pas appliqué). D’autre part, le protocole de Kyoto ne s’adressait pas aux pays non industrialisés. Or les émissions de ces derniers ont beaucoup augmenté depuis l’adoption du protocole en 1997. Lors des négociations de Durban fin 2011, le protocole a été prolongé de 2013 à 2020. Mais on a perdu en route le Japon, le Canada et la Russie. Ils ont décidé de ne pas participer à la seconde période d’engagement qui ne couvre plus que 15 % des émissions. Les européens sont plutôt vertueux avec leur objectif des “3 fois 20” (-20% de gaz à effet de serre, +20% d’énergies renouvelables et +20% d’efficacité énergétique d’ici 2020 - ndlr).

Culture Sciences : On parle beaucoup de la conférence de 2015 qui doit avoir lieu à Paris.
La plateforme de négociation élaborée à Durban vise justement à définir un nouvel accord global qui serait signé en 2015 et applicable à partir de 2020. C’est la raison pour laquelle les acteurs ont cette date en ligne de mire. Quelle sera la forme de ce cadre ? La formule signée à Durban est pour l’instant assez elliptique : “Un protocole, un autre instrument légal ou un accord ayant force juridique.”

Culture Sciences : Pourquoi ?
Parce qu’on se rend compte que l’ampleur des réductions à réaliser est gigantesque ! Les émissions mondiales devraient être réduites de 40 à 70 % d’ici 2050 et être proche de 0 % d’ici 2100. Le protocole de Kyoto ne prévoyait qu’une réduction de 5 %... Passer des énergies fossiles aux énergies renouvelables et à l’efficacité énergétique suppose de profonds changements dans les technologies, les infrastructures et les comportements. La grande question, c’est le financement de la transition énergétique. Et comment répartir l’effort collectif ? C’est une remise en cause énorme en termes de choix de société. Dans les négociations, c’est donc toute une série d’intérêts égoïstes qui s’affrontent. S’engager dans un accord non contraignant et prévoyant des objectifs non ambitieux n’a aucun intérêt. La difficulté pour les états est d’adapter au niveau national les accords signés à l’international.

Culture Sciences : Quelle est la position d’un pays comme la Chine qui est le premier pollueur de la planète ?
Le dernier plan quinquennal prend l’écologie et le changement climatique en compte. Les états ont tout à gagner à positionner leurs intérêts dans le cadre international. Mais se fixer des objectifs, c’est une chose... Des objectifs contraignants, en est une autre ! Cela suppose une évaluation par des observateurs internationaux, ce que l’on appelle la “compliance” en anglais. La Chine se montre frileuse sur ce point. Et le Canada a quitté le protocole de Kyoto, en partie pour éviter une sanction pour non respect de son objectif de réduction.

Propos recueillis par L.Salters

Infos complémentaires

Le Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC)

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