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Chercheurs et luthiers au chevet des instruments

Le congrès ISMA, qui a eu lieu au Mans en juillet, a été l’occasion pour les scientifiques et les luthiers de croiser recherches et savoir-faire.

Sous les cordes d’un violon, derrière les touches d’un piano ou bien dans le manche d’une guitare sèche, il y a de la science ! Durant la semaine du 8 au 12 juillet, la Société Francaise d’Acoustique, en partenariat avec le Laboratoire d’Acoustique de l’Université du Maine (LAUM), organisait au Mans le congrès ISMA 2014 (International Symposium on Musical Acoustics). Depuis une trentaine d’années, ce rendez-vous d’envergure est organisé tous les quatre ans dans un lieu différent (1). Les scientifiques du monde entier du domaine de la physique des instruments de musique (2) y partagent les derniers développements en recherche acoustique. François Gautier, chercheur au LAUM et organisateur de la manifestation, détaille pour Culture Sciences les spécificités de cette manifestation.

Culture Sciences : Quel est l’objectif du congrès ISMA ?
François Gautier : Dans chacun des domaines qui ont été abordés, il y a eu des progrès. A travers des conférences et des ateliers, ce congrès est un moyen pour les chercheurs de se tenir au courant. Nous avons eu cette année 150 participants pour 26 nationalités. Mais c’est aussi une manière de créer un lien vers la facture instrumentale. Nous avons mis en avant des projets d’aide à la lutherie, dont le système PAFI (3) est un exemple. Cette liaison entre approche scientifique et lutherie en atelier doit contribuer à faire évoluer la facture. La physique des instruments de musique existe depuis la nuit des temps. Mais ce n’est pas parce que la science comprend, que les milieux professionnels peuvent rentranscrire pour autant ces observations dans leur pratiques. Un atelier de lutherie n’est pas un laboratoire ! Nous visons une démarche engagée qui veut que la compréhension physique puisse effectivement servir à faire évoluer la facture.

CS : Car au final, ce sont bien les facteurs qui fabriquent les instruments...
FG : Oui bien sûr. Nous avons organisé deux ateliers de travaux pratiques à destination des chercheurs. Le premier concerne la lutherie. Des scientifiques ont dû raboter des plaques de guitare, accorder des pianos, etc. C’est une confrontation très directe avec les métiers de la lutherie, une manière de se confronter à la réalité. Le second atelier a eu lieu à la Cité de la Musique, à Paris. Au sein du musée, des instruments rares ont été sortis et joués devant des chercheurs. Les démonstrations étaient accompagnées d’exposés scientifiques sur la spécificité acoustique de ces instruments.

CS : Vous avez aussi développé un versant vulgarisation à destination du grand public.
FG : Nous avons par exemple organisé des concerts scientifiques. Ce sont des mélanges d’interprétation et de présentation scientifique. Là nous sommes vraiment dans de la pédagogie à destination du grand public. Quatre musiciens sur scène entrecoupaient leur interprétation d’explications scientifiques sur ce qui fait un son : sa hauteur, son timbre, son intensité. La pédagogie fait partie des métiers des congressistes. La méthodologie de cette pédagogie avec ces concerts scientifiques avait elle aussi un caractère novateur.

Propos recueillis par L.Salters

(1) Les dernières éditions avait eu lieu à Barcelone et Sydney.
(2) Production sonore, analyse du son, perception.
(3) Plateforme d’aide à la facture Instrumentale.

Infos complémentaires

Consultez le site : Plateforme d’aide à la facture instrumentale (PAFI)

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