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L'arbre, « Prince vert » dans la ville dense ?

Le projet VegDUD, piloté par l'Institut de Recherche en Sciences et Techniques de la Ville (IRSTV), a analysé la relation entre densification urbaine et espaces végétaux.

Si des extra-terrestres découvraient notre Terre aujourd'hui, ils constateraient sans doute avec étonnement que plus de la moitié de la population mondiale vit en ville. Et en 2030, deux terriens sur trois seront urbains. Fini le centre-ville en vieilles pierres des capitales européennes. Shanghai, Sao Paolo, Mexico, Lagos sont aujourd'hui les nouveaux modèles du siècle à venir. Chez nous en France, à peine plus de 15% de la population vit à la campagne. Le basculement s'est opéré dans les années 50. La fin de la guerre et l'afflux massif de rapatriés à la fin du drame algérien ont dû accélérer la construction de logements. Les couronnes périurbaines se sont développées. Et depuis, une donnée fondamentale s'est invitée dans le débat : le changement climatique. Marche arrière toute : il faut désormais densifier la ville. Car pour une majorité d'acteurs (politiques, citoyens), il est impératif de sauvegarder les terres agricoles tout en prenant en compte les contraintes énergétiques. Réduire par exemple les temps de trajets toujours plus longs entre habitat et travail. Problème : on réalise aujourd'hui que cette densification laisse peu de place aux espaces verts. Or dans un contexte de réchauffement climatique, ceux-ci ont un rôle important à jouer pour rendre la « ville dense » plus vivable.
C'est précisément cette problématique que les chercheurs associés à la grande étude VegDUD (rôle du Végétal dans le Développement Urbain Durable) ont tenté de cerner. Piloté par l'IRSTV (1), VegDUD pose la question de la place et du rôle de la végétation dans le développement des villes denses, en ciblant notamment les enjeux liés aux impacts climatiques, hydrologiques, énergétiques et sociétaux. Cette approche interdisciplinaire s'appuie sur la ville de Nantes considérée à bien des égards comme un laboratoire au niveau national.

Colonne vertébrale

L'étude, financée par l'Agence Nationale de la Recherche (ANR), s'est achevée début 2014. Elle met en avant plusieurs pistes de réflexion. L'une d'entre elles concerne les arbres qui, dans un contexte de réchauffement climatique, ont un rôle central à jouer dans les villes. « L'arbre est sans doute l'élément le plus efficace pour faire face à la montée des températures dans les villes, confirme Marjorie Musy, chercheuse rattachée à l'Ecole Nationale Supérieure d'Architecture de Nantes et coordinatrice de VegDUD. Il est comme une colonne vertébrale pour une politique du végétal en milieu urbain. »
Dans certaines villes, on constate des augmentations de température en été qui peuvent aller jusqu'à 6°. Certains îlots de chaleur urbains peuvent atteindre + 9° par rapport aux campagnes alentours. « Comme les surfaces minérales, l'arbre intercepte le soleil mais ne monte que très peu en température, explique Marjorie Musy. Les façades des bâtiments - stockent la chaleur du rayonnement solaire mais n'en font rien. L'arbre l’utilise pour la photosynthèse et transpire l’eau qu’il puise dans le sol. Cela provoque une évaporation et c'est elle qui donne une sensation réelle de fraîcheur dans les environs d'un arbre. De plus, l'arbre reste à température constante, aux alentours de 30° même au soleil. Ce qui n'est pas le cas du bitume par exemple, qui peut monter jusqu'à 60° ! L'arbre produit aussi une ombre naturelle, protège les autres surfaces urbaines du soleil, ce qui est synonyme de températures plus supportables. »

Les conclusions de l'étude ne font pas l'unanimité. Certains argumentent par exemple que l'arbre perd ses feuilles en hiver. Un coût supplémentaire pour le budget des villes dont le poste « espaces verts » est déjà très important. Certains services communaux préfèreraient des arbres qui ne perdent pas leurs feuilles... « Mais l’hiver, l’apport en lumière dans les logements est important, donc des arbres à feuillage caduc, c’est mieux », rétorque Marjorie Musy. Et cela représente des économies d'énergies.

Outre ces réticences, l'arbre dans la « ville dense » bénéficie de peu de place. Les particuliers ont tendance à privilégier les terrasses extérieures pour agrandir leurs habitations. Les promoteurs creusent pour fabriquer des parkings souterrains… Et le plus souvent en ville, les sols sont compactés. Marjorie Musy : « Une étude anglaise montre que les arbres poussent deux fois moins vite et produisent moins de feuilles dans une ville. L'arbre est potentiellement un dispositif efficace, mais il lui faut de la place... » Et comment inscrire cela dans les plans d'urbanisme de la « ville dense » ? Pour Marjorie Musy, le seul moyen est de garder de la pleine terre. « La ville sur dalle est impossible. L'arbre doit être en lien avec les réseaux hydrologiques pour que ça marche. La clef, c'est l'eau. »

L. Salters

Infos complémentaires

(1) Les partenaires du projet : IFSTTAR, LaSIE (Université de La Rochelle), LPGN (Université de Nantes), CSTB, Météo France, INRA Bordeaux, IRSN, ONERA, Plante & Cité, Végépolys, SEVE de la ville de Nantes, Nantes métropole.

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