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Le Mans, beau comme un herbier

Le Musée Vert multiplie les occasions de présenter au public ses collections de plantes séchées, rares, esthétiques et passionnantes.

Les herbiers n'aiment pas être dérangés. Ce qui n'empêche pas Nicolas Morel, conservateur du Muséum d'Histoire naturelle du Mans, le "Musée Vert ", de penser qu'il faut exploiter leur fort intérêt muséographique. Pour cette raison, quelques spécimens remarquables sont régulièrement sortis des réserves, où sommeillent quelques 125 000 feuilles d'herbier, pour être montrés au public.
Actuellement et jusqu'au 31 juillet 2015, dans le cadre de l'exposition temporaire "La nature des couleurs", les visiteurs du Musée Vert ont la chance d'admirer cinq belles planches de plantes tinctoriales. La "garance des teinturiers" (Rubia tinctorum) est une plante vivace d'origine asiatique, introduite en Europe dès l’Antiquité. Ses racines contiennent plusieurs pigments colorants dont l'alizarine qui a servi à teindre des tissus, principalement en rouge. Un pantalon et un képi teints de cette manière sont exposés dans une vitrine voisine. Jusqu'en 1915, la garance a donné sa couleur, pourtant peu discrète, aux uniformes de l'armée française. L'échantillon présenté est issu du legs en 1927 de la collection d'Ambroise Gentil, qui était botaniste amateur et professeur de sciences naturelles au lycée du Mans. Il a été récolté dans la Sarthe, ce qui n'est pas le cas du "pastel des teinturiers" (Isatis tinctoria), provenant du même legs mais cueilli à Bastia, en Corse. Le pastel, originaire des bords de la Mer Noire, a été longtemps utilisé pour obtenir la couleur bleue, avant d'être supplanté par l'indigo. Quant au "réséda des teinturiers" (Reseda luteola), à la "sarrette des teinturiers" (Serratula tinctoria) et au "genêt des teinturiers" (Genista tinctoria), ils contiennent tous trois de la lutéoline, un pigment dont on tire un beau jaune intense résistant à la lumière et dont la culture, régionale, a décliné au début du XIXème siècle. Une précédente exposition, consacrée aux "plantes de sorcières", avait déjà remporté un franc succès. Belladone, digitale, colchique, euphorbe, amanite tue-mouche et raisin de renard, plantes à la réputation soit sulfureuse soir vertueuse, avaient captivé les visiteurs.

Fragilité et fraîcheur

Le public "qui n'est pas habitué à voir des herbiers anciens présentés de cette manière", explique Nicolas Morel, est toujours surpris par "la fragilité et la fraîcheur de ces collections". La qualité de la conservation étonne. C'est comme si le temps n'avait plus de prise sur ces échantillons, parfois très anciens pourtant. Le Muséum du Mans, qui a depuis son ouverture en 1799 toujours abrité une section d'histoire naturelle, comprend notamment dans ses collections des parts d'herbiers datant de 1765 et provenant des jardins de Versailles sous Louis XV. Les herbiers sont également utiles sur le plan scientifique pour étudier comment évoluent les paysages ou la biodiversité d’une région. Eux seuls permettent une étude fine des espèces présentes jadis. Ainsi, celui du naturaliste Auguste Launay, constitué dans la commune de Cré-sur-Loir a permis de mettre en évidence la présence, il y a 120 ans, de tourbières alcalines dont il ne reste nulle trace aujourd'hui.

Ces plantes séchées avec minutie ont une autre qualité, essentielle aux yeux d'un conservateur de musée : "elles sont tout simplement très belles, ce sont des collections très esthétiques". Un herbier, souligne enfin Nicolas Morel, "c'est un voyage dans le temps vers une façon de faire des botanistes qui a disparu."

F. Woirgard

Infos complémentaires

Le Musée Vert organise jusqu'au 31 juillet 2015 l'exposition "La nature des couleurs". Elle présente environ 170 spécimens d’histoire naturelle sélectionnés pour leur beauté ou leur intérêt scientifique. Des manipulations et des interactifs agrémentent la visite pour les familles.

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