Vous êtes ici

Béatrice Daille, enseignante-chercheur en informatique

Béatrice Daille est enseignante-chercheuse en informatique à l'université de Nantes depuis 2002. Elle est responsable de l'équipe Traitement Automatique du Langage Naturel (TALN) au sein du Laboratoire d'Informatique de Nantes Atlantique (LINA).

Quand avez-vous su que vous alliez être chercheuse ?
Cela s'est imposé à moi. J'ai toujours aimé les mathématiques et les sciences. Mais aussi les sciences sociales, notamment la linguistique qui m’intéresse beaucoup ! Et j'ai fini par lier l’informatique et la linguistique pour travailler sur l’analyse automatique de la langue. Je suis attirée par l’interdisciplinarité.

Est-il important que votre travail ait des applications concrètes ?
Oui. Le traitement des langues couvre de nombreux domaines applicatifs : l’aide à la rédaction, le résumé de texte, la traduction, la recherche de documents, et je ne parle que de l’écrit ! Pour analyser un texte, faire que l’ordinateur le comprenne, on a besoin d’un dictionnaire et d’une grammaire. Les langues, c'est comme certains animaux : certaines sont en voie de disparition. Je suis persuadé que pour préserver la diversité linguistique, il faut passer par une informatisation. Arriver à construire des dictionnaires et des grammaires automatiquement, en utilisant les textes disponibles.

Quel conseil donneriez-vous à un jeune chercheur ?
La recherche, c'est d'abord un travail. Et ça ne doit pas faire plus peur qu'une autre activité. C'est un métier d'ouverture où les contraintes sont nombreuses.

Les qualités requises pour faire de la recherche ?
Le travail en équipe est vraiment central. La recherche, c'est d'abord ça. Du partage et de l'échange pour faire comprendre ce que vous faites et comprendre ce que font les autres.

Les défauts rédhibitoires ?
Quelqu'un d'un peu trop autocentré et qui n'est pas capable de se confronter aux autres aura du mal à évoluer dans ce milieu.

Un scientifique pour lequel vous avez de l'admiration ?
Difficile de choisir, Chomsky pour son postulat de grammaire universelle, Shannon pour sa théorie de la communication assimilant la langue à un code qu’il s’agirait de décrypter pour la comprendre. Un collègue parti trop vite, Jean Véronis, qui a beaucoup travaillé sur le traitement automatique des langues. Il travaillait à l'Université d'Aix-Marseille. La petite histoire raconte qu'il a empêché sans le vouloir la première entrée de Google en bourse car il avait alors démontré que l'algorithme pilotant le moteur de recherche avait des bugs...

Etre une femme dans le monde de la recherche ?
Pas de souci particulier à ce niveau. Je dirais plutôt que cela dépend du champ de recherche. Il y a une reconnaissance académique forte en France sur les sciences dures. Beaucoup moins sur l’informatique s’intéressant aux sciences humaines. Ce n'est pas le cas en Allemagne et en Angleterre, ni même aux Etats-Unis.

Des regrets ?
Non. J'aimerais simplement faire plus ! J'ai travaillé au début de ma carrière en collaboration avec le centre de recherche d’IBM. Certains de mes ex-collègues sont devenus millionnaires ! Moi, je suis restée une petite main de la recherche !

Un livre sur lequel vous revenez souvent ?
“L'hommage à la Catalogne”, de Georges Orwell. Un témoignage sur la guerre d'Espagne. C'est une période historique passionnante où beaucoup d'évènements et de factions se sont concentrés.

Un lieu de vacances préféré ?
J'aime la montagne. Pas la mer. Eté comme hiver. Je peux changer de montagne, mais je vais toujours à la montagne ! Ski, marche, randonnée. Cela suscite des émotions, on peut aller au-devant d'un certain dépassement de soi.

Vous emporteriez-quoi sur une île déserte ?
Je n'aime pas les îles. Encore moins désertes.

Un objet que vous avez toujours avec vous ?
Mon opinel n°7. J'en change parfois car je le perds, mais je reprends toujours le même modèle. Il est toujours dans mon sac.

Que reste-il à découvrir ?
J'aimerais bien arriver à modéliser des changements dans le langage, détecter les mots nouveaux, les modifications de sens. Proposer aussi des outils plus intelligents pour aider à traduire un texte. Par exemple des dictionnaires de traduction qui détecteraient des erreurs de traduction, qui proposeraient des exemples diversifiés et qui les classeraient.

Propos recueillis par Laurent Salters

Infos complémentaires

Laboratoire d'Informatique de Nantes Atlantique (LINA)

Ajouter un commentaire