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Une dalle tactile géante... pour 32 doigts!

L’École Centrale de Nantes héberge depuis peu un écran tactile géant collaboratif. Une nouvelle technologie qui fait son entrée dans les arcanes de la recherche.

Rien que pour le faire passer par la porte de la pièce que nous lui avons dédié, il a fallu anticiper dès sa conception”, raconte Gwendall Petit, ingénieur d'études à l’Ecole Centrale de Nantes. De quoi parle-t-on ? Quelques chiffres pour vous aidez à trouver : il mesure 3 mètres par 1m 20, pèse plusieurs centaines de kilos, et propose une résolution d’image haute définition. “Full HD” comme on dit dans le jargon consacré. Une idée ? Il s’agit d’un dispositif unique : un écran tactile géant. “Ce sont en fait 6 écrans collés les uns aux autres qui composent une dalle tactile et qui fabriquent au final une seule image, continue Gwendall Petit. Mais contrairement aux tablettes individuelles, l’aspect collaboratif de ce projet est central”. La preuve : la dalle est sensée pouvoir gérer à terme 32 points de contact en simultané ! Trois paires de mains plus deux doigts ! A terme... Car pour l’instant, les utilisateurs doivent se contenter de 2 à 3 points de contacts sur la dalle pour leurs travaux.

Plusieurs technologies sont actuellement disponibles pour mettre au point des écrans tactiles (voir encadré). “Sur ce système, la captation du mouvement se fait par faisceaux infrarouges, explique Gwendall Petit. L’écran est entouré sur ses bords par un bandeau qui héberge des capteurs et des émetteurs de faisceaux infrarouges. Ils constituent un maillage lumineux devant l’écran. Lorsque le doigt touche l’écran, il interrompt certains faisceaux. Aussitôt, les récepteurs privés de lumière calculent les coordonnées X et Y du doigt”.

Mais ici, l’ampleur et la taille de la machine sont telles que ce sont toutes les interfaces qu’il va falloir repenser à terme. “Il nous faut par exemple développer des outils qui permettent au logiciel de gérer ces 32 points de contact, confirme Gwendall Petit. Le potentiel du multipoints est encore très peu géré sous Windows ou même avec les autres systèmes d’exploitation. Pour l’instant, c'est ça notre problème”. La simple position physique des utilisateurs devant la dalle pose question. Car avec une telle échelle d’image, impossible à certains moments de ne pas prendre du recul pour mieux regarder. Problème, lorsque l’on recule, on n’arrive plus à lire les menus ! Si l’outil réagit très bien dans des dispositifs simples, il reste donc à inventer les modes d’emploi et les configurations qui permettront aux chercheurs de pousser au maximum les possibilités offertes par cet équipement hors normes.

Géomatique

A l'origine, la dalle a été initiée par l'Institut de Recherche en Sciences et Techniques de la Ville (IRSTV) et fait partie de son atelier SIG : Systèmes d’Informations Géographiques. Elle est hébérgée dans les locaux de l'École Centrale (membre de l'IRSTV). Elle sera utilisée majoritairement dans des projets qui font appel à de la géomatique. Un champ de recherche centré sur la collecte et le traitement des données géographiques dont les projets sont souvent très lourds en termes de calculs.

L’interaction avec la dalle tactile prend tout son sens dans le travail sur les cartes, outil maître de la géomatique. “L’idée, c’est de fournir des instruments et des méthodes aux chercheurs, explique Gwendall Petit, mais aussi aux collectivités, pour leur permettre d’utiliser ce type d’informations géographiques. Il s’agit vraiment de favoriser les collaborations et les partenariats entre les compétences” .
Exemple : le projet de carte du bruit sur la ville de Nantes piloté en collaboration avec des chercheurs en acoustique de l’IFSTTAR. Différents paramètres sont entrés dans les machines : données sur le trafic routier, les volumes horaires, la proportion des véhicules légers et des véhicules lourds, etc. Tout cela alimente un code de calcul. ”Ensuite, on mouline tout ça à travers différents scénarios, ajoute Gwendall Petit. Que se passe-t-il si les prix des carburants augmentent ? Si l’offre de transports en commun s’accroît, etc”. Sur une autre simulation, les chercheurs ont pu évaluer l’étalement urbain de la ville de Nantes à l’horizon 2050... Les projets fourmillent. Reste à mettre en place les instruments adéquats. “Le tactile, c’est une compétence à part entière, conclut Gwendall Petit. Cela fait appel à des technologies et des langages spécifiques”.     

L.Salters

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