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Frédéric Boyer, enseignant-chercheur en biorobotique

Frédéric Boyer est enseignant-chercheur, spécialiste en biorobotique. Un domaine qui s’inspire du monde vivant pour résoudre des problèmes de robotique. Il enseigne à l’école des Mines et effectue ses travaux de recherche dans le cadre de l’Institut de Recherche en Communications et Cybernétique de Nantes (IRCCyN). 

Quel est votre sujet de recherche actuel ?
Je travaille notamment sur les poissons électriques. Ils vivent dans des zones encombrées avec de la boue, des branchages, etc. Pour percevoir leur environnement, ces poissons envoient des décharges électriques. Leur peau agit comme une surface receptrice. Elle récupère les champs renvoyés par l’environnement. Le cerveau du poisson interprète les modifications du champ électrique et peut ainsi se diriger. Comme si la peau était une rétine électrique. C’est l’électrolocation. Ce système peut être comparé à celui des chauves-souris. Elles sont aveugles et envoient des ultrasons dont elles interprètent les échos pour se diriger.

Quand avez-vous su que vous vouliez faire de la recherche ?
Très tôt. Dès l’âge de 5 ans, j’étais passionné de biologie et d’entomologie. Je collectionnais les insectes. A part un oncle agronome, personne dans ma famille n’était scientifique. Plus tard, j’ai fait une école d’ingénieur. C’était une erreur ! J’ai bifurqué ensuite vers la recherche. Si j’avais suivi mon instinct, je me serais sans doute dirigé vers un domaine plus théorique et fondamental que la biorobotique. L’astrophysique par exemple.

Les applications concrètes dans votre domaine, c’est important ?
Oui. Mais l’idéal de la recherche pour moi, c’est le beau problème qui trouve une belle solution. Faire de la science un peu comme si on faisait de l’art pour l’art. J’aimerais montrer la puissance de la pensée théorique pour résoudre des problèmes pratiques.

Un conseil pour un jeune chercheur ?
Il faut de la constance. Pour apporter sa contribution à un sujet donné, cela prend du temps. Il faut une grande force pour savoir protéger sa passion des découragements. En même temps, il faut être ouvert pour rester à l’affût.

Les qualités requises pour faire de la recherche ?
Deux qualités antagonistes : imagination et rigueur. Avec comme soubassement, une certaine force de caractère.

Les défauts rédhibitoires ?
L’absence de l’une des trois qualités citées juste avant.

l’idéal de la recherche pour moi, c’est le beau problème qui trouve une belle solution.

De l’admiration pour un chercheur en particulier ?
Il y en aurait plusieurs. Mais Henri Poincaré est tout de même mon “Dieu”. Un titan, un génie ! C’était avant l’hyper spécialisation dans tous les domaines de la science. C’est le dernier grand chercheur à avoir contribué à tous les champs de la physique et des mathématiques. J’ai passé plusieurs années simplement sur quelques pages de Poincaré !

Des regrets ?
J’essaie d’en avoir le moins possible. Je pense que mon orientation dans une école d’ingénieur était un mauvais départ. J’aimerais avoir plus de temps pour reprendre certaines choses. Difficile avec l’accélération du temps.

Y a-t-il un livre, un morceau de musique, un film sur lequel vous revenez souvent ?
David Bowie ! Je suis un fan absolu. Par exemple, un bon rock, comme Hang on to yourself, sur l’album Ziggy Stardust. Plein pot ! Avant, j’étais plus dans Satie.

Un lieu où vous retournez souvent ?
Les forêts à ours de Slovénie. Je ne travaille pas dans la biorobotique pour rien ! J’ai un goût pour la nature. En Slovénie, on trouve les dernières forêts primaires d’Europe. La faune y est à peu près complète. J’y suis allé plusieurs fois. Sinon, j’aime aussi les Pyrénées. On entend souvent : “Et si nous n’étions pas seuls dans l’Univers...” Mais on n’est déjà pas seuls sur cette planète !

Quel livre emportez-vous sur une île déserte ?
Un bon bouquin de math ! Qui m’occuperait longtemps.

Un objet qui ne vous quitte pas ?
Je ne suis pas fétichiste.

Un hobby ?
Je fonctionne beaucoup à la passion. Plus jeune, c’était l’entomologie. Mais la recherche prend tellement de place aujourd’hui... J’ai deux filles de 5 et 11 ans qui m’occupent aussi. Par le passé, je me suis beaucoup intéressé à l’histoire de l’art.

Propos recueillis par L. Salters

Infos complémentaires

Institut de Recherche en Communications et Cybernétique de Nantes (IRCCyN)

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