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MOOC : remise en question massive de la pédagogie

Depuis quelques mois, les Massive Open Online Course (MOOC), cours dispensés par vidéo sur internet, sont proposés par les universités. Révolution pédagogique ou feu de paille... ?

Colin de la Higuera est enseignant-chercheur et vice-directeur du Laboratoire d'Informatique de Nantes Atlantique (LINA). Pour lui, les MOOC (en français : cours ouverts en ligne et massifs) constituent un bouleversement dans le monde de l’enseignement supérieur. Une opportunité à saisir.

Comment définir un MOOC ?
Prenons chaque terme de l’acronyme. “Massive” : on vise un passage à une échelle très importante. Il s’agit de milliers, de dizaines de milliers d’étudiants en simultané. On perd de vue l’individu. Mais attention, il ne faut pas dépersonnaliser pour autant. “Open” : c’est un modèle qui vise à être sans barrière de sélection, ni barrière économique ou géographique. Il n’y a pas autre chose à faire que de s’inscrire. “Online” : c’est internet dans toute sa splendeur, avec en particulier ses réseaux sociaux ! C’est-à-dire dans la dimension de l’échange. Un internet où l’on peut aisément établir des passerelles entre différents champs de la connaissance. Enfin “Course” : l’enjeu des MOOC, ce sont les cours ; ils sont spécialisés sur des thèmes bien précis. C’est une de leurs richesses.

Les MOOC viennent des Etats-Unis. Comment ont-ils vu le jour ?
Certains pensent que les MOOC seraient le résultat d'une sorte “d’évolution naturelle” de l’enseignement. Les premiers MOOC ont émergé dans un contexte de recherches sur l’apprentissage automatique (où sont étudiées les capacités des machines à apprendre seules - NDLR). Et pour ma part, je pense que ce n’est pas un hasard si les premiers cours en ligne dans les universités américaines, notamment à Stanford avec Andrew Ng, traitaient justement de l’apprentissage automatique.

Mais au final, l’étudiant n’est-il pas un peu seul dans les MOOC ?
Effectivement, dans un MOOC, la relation classique entre l’enseignant et l’élève n’est plus possible. Comment par exemple répondre aux questions ?
Cependant, de nouveaux modèles peuvent émerger. En Angleterre, à Birmingham, une chaîne de cafétéria s’est rendu compte que des étudiants se rassemblaient régulièrement dans leurs locaux pour partager sur le MOOC qu’ils suivaient. Cette chaîne envisage désormais d’être partenaire de MOOC ! Comment ajouter une couche physique à la couche virtuelle ? On pourrait par exemple imaginer des MOOC hybrides avec des rassemblements ponctuels dans plusieurs villes associées. Pourquoi ne pas associer des réseaux sociaux à des MOOC ? En France, cette liaison a du mal à passer, probablement parce qu’on est très à cheval sur la protection de la vie privée.

On a très peu de recul. L’enseignement dispensé dans les MOOC est tout de même moins approfondi que dans des cours classiques ?
Certes. Pour l’instant, les cours dispensés sont très spécialisés et assez brefs dans le temps : quelques séances tout au plus. Cela ne change rien aux questions qui se posent. Personnellement, je n’ai jamais pris autant de plaisir à enseigner ! Je ne me suis jamais autant questionné : qu’est-ce que je fais tellement bien qui ne serait pas remplaçable par une machine ? Certaines facultés américaines envisagent sérieusement d’arrêter les cours en amphithéâtre. Je pense tout de même que la présence physique de l’enseignant est un atout majeur. Cela permet par exemple de se mettre à la place des élèves et de saisir certaines difficultés qu'ils éprouvent. Quand je suis en face des étudiants, je sens bien si cela fonctionne. Il m'arrive de sortir de l’amphithéâtre et d'être fier ! Avec les MOOC, la question difficile va être de réussir à obtenir des situations similaires.

Mais en définitive, à qui profite le crime puisque les MOOC sont gratuits ?
Un exemple : en 2011, lors d’un évènement traitant d’Open Education au Vietnam, le ministre de l’éducation a remercié l’ambassadeur américain pour la qualité exceptionnelle des matériaux pédagogiques présentés, « offerts », par la communauté internationale. A tel point qu’il a annoncé vouloir investir massivement dans l’enseignement de l’anglais. Pourtant dans l’histoire, le Vietnam a été un pays francophone. Il est ici question de “soft power” (sphère d’influence - NDLR). Il ne faut donc pas chercher à mesurer le modèle économique en termes de gains immédiats. Les géants actuels d’internet ont d’abord perdu de l’argent pendant de nombreuses années ! Les MOOC, c’est aussi cela : apporter de la connaissance et de l’influence. La francophonie pourrait trouver un relais intéressant avec les MOOC.

Propos recueillis par L.Salters

Infos complémentaires

Découvrez le premier MOOC de l'Université de Nantes, réalisé dans le cadre du projet ExplorNova. Ce MOOC de 6 semaines aborde notre compréhension actuelle de l'univers et répond à des questions telles que Peut-on vivre sur Mars ? Quelle est l'exoplanète habitable la plus proche ? Combien d'étoiles naissent par an dans une galaxie ? Et la Terre, d'où vient-elle ? 

Inscriptions au MOOC du 2 mars 2015 au 10 avril 2015

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