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Biodiversités d’hier et d'aujourd’hui

La biodiversité décrit la capacité des espèces ou des environnements à s’adapter. Le concept fait l’unanimité, mais les approches ont évolué ces dernières années.

Cécile Brun est enseignante-chercheuse au CReAAH, le Centre de Recherche en Archéologie, Archéosciences, Histoire. Le laboratoire est présent à Rennes, Nantes et Le Mans. Spécialiste en écologie végétale, elle s’intéresse notamment à l’évolution de la flore dans certains milieux sur plusieurs milliers d’années. Elle évoque pour Culture Sciences la notion de biodiversité et son évolution dans le temps. 
 
Comment définir la biodiversité ?
La biodiversité désigne la diversité des organismes vivants (plantes, animaux etc.) que l’on trouve en milieu naturel ainsi que leurs interactions. Plus il y a de plantes et d’animaux différents, plus il y a de réseaux d’interactions complexes entre eux. Et plus il y a de biodiversité.
 
Cette définition est-elle universelle ?
Oui, mais elle s’apprécie à différents niveaux d'organisation interdépendants qui s'emboîtent. Prenons l’exemple d’une mare : le premier niveau c’est l’espèce. La diversité au sein d’une même espèce, c’est la diversité génétique. Plus la population, de crapaud par exemple, est importante, plus il y a de variétés. Ensuite, le niveau le plus évident, c’est la diversité des espèces que l’on trouve dans un milieu donné. Dans la mare, si le nombre d’espèces végétales et animales est élevé, les interactions seront nombreuses et engendreront une biodiversité importante. Enfin troisième et dernière échelle : celle de l’interaction des écosystèmes entre eux. Ici, les échelles spatiales et temporelles sont importantes à prendre en compte. Une simple cellule peut être considérée comme un écosystème à part entière. Selon l’échelle spatiale, les processus d’interactions ne sont pas les mêmes. De même, si nous reprenons l’exemple de notre mare : dans dix ans, sera-t-elle toujours là ? L’échelle du temps est donc elle-aussi centrale.
 
Il n’y a donc pas une seule “biodiversité” mais des “biodiversités” ?
Tout est lié. Dans tous les cas, la biodiversité, c’est le gage d’offrir la possibilité aux écosystèmes de répondre aux changements. A priori, plus la diversité, au sein des 3 niveaux que nous avons définis, est importante, plus il y a d’interactions entre les êtres vivants et leur environnement, et plus le potentiel d’adaptation de ces milieux est élevé.
 
Comment mesure-t-on la biodiversité d’un environnement ?
Étant donné son extrême complexité, il n'existe aucune mesure universelle de la biodiversité. Les approches les plus courantes se basent sur le recensement des espèces. C'est-à-dire la mesure du nombre d’espèces animales, végétales, etc., présentes dans un milieu donné. On peut aussi choisir certaines espèces bio-indicatrices dont on suit de très près l’abondance des populations. On évalue ensuite l’évolution de la biodiversité de ces espèces en effectuant des comparaisons dans le temps.
 
En quoi la préservation de la biodiversité est-elle essentielle pour l’Homme ?
Comprendre la biodiversité, c’est mieux comprendre les menaces que l’Homme fait peser sur elle : comme la dégradation des milieux, leur surexploitation ou tout simplement le changement climatique. C’est aussi évaluer la capacité des écosystèmes à s’y adapter. Et ainsi la préservation de la diversité a des implications directes sur le futur de notre alimentation, mais aussi la gestion des allergies ou bien les futures ressources pour les médicaments.
 
Depuis quelques années, on évoque la biodiversité en parlant de services écosystémiques, pouvez-vous définir cette notion ?
On est passé de la connaissance de la nature à la notion de services rendus par la nature. L’idée est de dire : comme les négociations climatiques ne marchent pas(1), adoptons un autre angle d’attaque pour faire passer le message. La notion de services écosystémiques adopte une vision libérale : l’Homme peut tirer des bénéfices de son environnement. Cela revient à monétiser d’une certaine manière les services rendus à l’Homme par la nature. Cette idée a été mise en avant avec le rapport de l’ONU de 2005 intitulé “Evaluation des écosystèmes pour le millénaire”. Concernant, la biodiversité, l’idée est donc de prendre conscience qu’elle est un bien commun qui rend des services à l’Homme. Prenons l’exemple de la pêche : dans les eaux internationales, les réglementations étaient moins dures (ou inexistantes), les flottes vont donc beaucoup y travailler et surexploiter les milieux. Il n’y a, a priori, aucune raison pour qu’une flotte en profite plus qu’une autre, donc il faut légiférer. Dans ce cas, pour éviter l’épuisement des services rendus par la nature, il faut mettre en place des réglementations qui réconcilient l’intérêt collectif et l’intérêt individuel. Le Grenelle de l’environnement avec les trames vertes et les trames bleues(2) est dans la même logique.
 
Vous êtes spécialiste de paléoenvironnement. Par le passé, la biodiversité était plus importante ?
Dans mon travail, j’analyse l’évolution sur plusieurs millénaires de la flore dans les milieux cultivés. Je m’intéresse plus particulièrement aux espèces introduites par l’Homme. A partir du début de l’agriculture en Europe (Néolithique, environ 5500 av. J.-C. dans l’ouest), ce que l’on constate, c’est que la flore des champs cultivés s’enrichit et se diversifie jusqu’aux années 1950. Depuis, il y a une chute brutale de la biodiversité et une uniformisation de la flore dans ces milieux, liée au développement de l’agriculture intensive.
L. Salters
 
 
(1) Cécile Brun fait référence aux cycles de négociations internationales, la COP (Conference des Parties), dont la prochaine étape doit se dérouler à Paris en novembre-décembre 2015.
 
(2) Les trames vertes et bleues désignent des corridors de biodiversité. Elles sont un outil d’aménagement du territoire sensé redonner une continuité écologique. Les trames vertes concernent la faune et la flore, les trames bleues l’eau et les zones humides.

Infos complémentaires

Pour en savoir plus sur les travaux de Cécile Brun : Thèmes de recherche

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