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Asthme : bientôt un vaccin contre l’allergie aux acariens

Découverte : des chercheurs nantais ont mis au point un vaccin qui supprime totalement les symptômes de l’asthme chez des souris allergiques aux acariens. Il faudra plusieurs années de recherche avant de réaliser les premiers essais sur l’homme.

Invisible à l’œil nu, l’acarien des poussières (Dermatophagoides pteronyssinus) vit en colonie de plusieurs milliers d’individus. © Matt Colloff CSIRO.

« C’est une grande avancée » résume Gregory Bouchaud. Ce chercheur nantais fait partie d’une équipe de scientifiques1 qui a annoncé avoir mis au point un vaccin contre l’allergie aux acariens. Les résultats de leurs travaux viennent d’être publiés dans le Journal of Allergy and clinical immunology, LA revue scientifique américaine de référence dans le domaine de l’allergie. Cette découverte pourrait améliorer la vie de millions de gens dans quelques années. Maladie respiratoire chronique, l’asthme touche en effet près de 5 millions de Français. Et les acariens sont l’une des principales causes des crises d’asthme. Cousins éloignés des araignées, les acariens sont des animaux microscopiques. Certains vivent dans les poussières de nos maisons - comme Dermatophagoïdes pteronyssinus ou Dermatophagoïdes farinae – se nourrissant de minuscules débris de peau ou de cheveux. Lorsqu’une personne allergique respire des débris d’acariens mort, son corps fabrique des anticorps qui provoquent à leur tour les crises d’asthme.

La France compte aujourd’hui près de 5 millions d'asthmatiques

Pour fabriquer leur vaccin, les scientifiques ont eu l’idée d’utiliser un fragment « non allergisant » d’une protéine que l’on trouve dans les acariens des poussières, Dermatophagoïdes pteronyssinus, « donc sans aucun risque d’effet néfaste ». Une protéine qu’il a fallu synthétiser, fabriquer en laboratoire. « On a pas mal tâtonné pour trouver le bon peptide [élément de base d’une protéine : NDLR], se souvient Gregory Bouchaud. Il nous a fallu une bonne dizaine d’essais » avant de pouvoir tester ce vaccin sur des souris. L’équipe a alors constitué deux groupes d’une quinzaine de rongeurs mais seul le premier a bénéficié du vaccin. Les deux groupes ont alors été exposés à l’allergène : « On leur a mis sous le nez une goutte de poudre d’acariens solubilisée dans de l’eau ». Résultat : chez les souris vaccinées, aucune crise. « On n’a pas simplement réduit les symptômes, on les a éliminés ! Et c’est là qu’est la grosse découverte » se réjouit Gregory Bouchaud.

En vidéo : un vaccin contre l'asthme

Les explications d’Antoine Magnan, chercheur à l’Inserm (Institut National de la santé et de la recherche médicale) et médecin avec lequel a travaillé Gregory Bouchaud. Ce film a été réalisé avant la découverte évoqué dans l’article.

Un vaccin efficace contre les principales espèces d’acariens

Reste que l’équipe a encore du pain sur la planche et tout un tas d’hypothèses à vérifier. Les chercheurs nantais aimeraient en particulier tester leur vaccin sur des asthmes provoqués par d’autres allergènes comme le pollen de bouleau, les poils de chat ou les moisissures. « Pourquoi pas puisqu’on a déjà montré qu’il était efficace pour une autre espèce d’acariens. » Le vaccin mis au point est par ailleurs un vaccin préventif, « il faut le donner avant d’être exposé une première fois aux acariens ». Aujourd’hui, ils aimeraient l’essayer pour traiter les crises d’asthme elles-mêmes. L’équipe se pose aussi la question de la durée de la protection : « Est-ce qu’on induit une protection à long terme ? » Enfin, plusieurs années de travaux seront nécessaires avant de réaliser des premiers essais sur l’homme.

1Ces travaux ont associé des chercheurs de l’Institut du thorax (UMR 1087 - Université de Nantes - Inserm – CHU de Nantes - CNRS) en collaboration avec des chercheurs autrichiens et de l’Inra de Nantes (Unité BIA - Biopolymères Interactions Assemblages) dont fait partie Gregory Bouchaud.

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