Vous êtes ici

Sport : quelles sont les limites du corps humain ?

Toujours plus vite, toujours plus haut, toujours plus fort… Notre corps a-t-il des limites ? Quel est le rôle de la technologie dans les performances sportives ? Jusqu’où les athlètes de haut niveau pousseront-ils les records ? Eléments de réponse avec Bernard Andrieu, philosophe du corps et de l'expérience corporelle.

Aviez-vous remarqué la petite bosse dans le dos des joueurs de l’équipe de France de rugby pendant la coupe du monde ? Cette excroissance est en fait une petite boîte bourrée de technologies et équipée d’un GPS. Il permet à l’entraîneur ou au préparateur physique assis sur le banc d’obtenir en temps réel des informations sur chacun des joueurs : fréquence cardiaque, distance parcourue, vitesse instantanée ou même nombre d’impacts et leur intensité. « Le coach en sait plus sur leur état physique que les joueurs eux-mêmes » commente Bernard Andrieu, philosophe et professeur à l'Université Paris Descartes. L’utilisation de la technologie pour optimiser les performances sportives est désormais pratique courante : « On assiste à une hybridation biotechnologique, une osmose entre le matériel et le corps du sportif, explique le spécialiste. Autrefois l’athlète n’avait que son corps comme ressource. Aujourd’hui il peut le "technologiser", soit de l’intérieur à l’aide de substances chimiques, soit de l’extérieur avec du matériel. » Après le dopage chimique, on parle maintenant de dopage technologique...
 

 

La course au corps augmenté

Casques de vélo toujours plus aérodynamiques, montres qui jouent le rôle de coach sportif, chaussures ou raquette de tennis connectées… Autant d’innovations qui encouragent les sportifs, professionnels comme amateurs, à se dépasser. « La technologie transforme l’usage de notre corps et permet d’augmenter nos performances mais elle pose un problème d’inégalité d’accès au matériel » souligne le philosophe. Cette question a notamment été au cœur d’une polémique autour du coureur sud-africain Oscar Pistorius il y a quelques années. Amputé des deux tibias, il s’est vu reprocher d’utiliser des prothèses en carbone qui lui procuraient un trop grand avantage sur ses concurrents, y compris les athlètes valides... Autre sport bouleversé par l’évolution technologique : la natation. En 2008, certains nageurs s’équipent de nouvelles combinaisons en polyuréthane. Résultat : ils font tomber plus de la moitié des records du monde individuels ! La Fédération internationale de natation interdira finalement l’utilisation de ces maillots high tech en 2010. « Mais depuis, les nageurs ont conservé des techniques développées avec cette combinaison. Ils ne nagent plus comme avant » précise Bernard Andrieu. 

 

Le corps transformé, objet de débat

« Le corps n’a pas de limites, estime Bernard Andrieu. Les seules limites sont culturelles, morales ou religieuses. » Et de citer l’exemple de la coureuse sud-africaine Caster Semenya. En 2009, après un excellent chrono sur 800 mètres, l’Association internationale des fédérations d'athlétisme la soupçonne d’être un homme et lui réclame de passer un test de féminité. Résultat ? L’athlète présente des taux élevés de testostérone. Elle est hermaphrodite. « Mais alors doit-elle concourir avec des femmes ou des hommes ? Faut-il créé une nouvelle catégorie pour évaluer ses performances ? » interroge le philosophe. Le cas de cette athlète, qui n’est pas isolé, soulève en effet de grandes questions qui vont bien au-delà du monde du sport. Après une suspension d’un an et des débats autant éthiques que politiques, Caster Semenya a en tout cas pu reprendre la compétition en 2010. En septembre dernier, elle remportait la médaille d'or du 800 mètres féminin aux Jeux africains.

 


Bernard Andrieu co-animera ce mardi 27 octobre à Stereolux (Nantes) la conférence grand public "Etre performant : limites et possibilités du corps humain ?". Elle est proposée à 19h30 par le laboratoire motricité, interactions, performance (MIP) de l'Université de Nantes à l'occasion du 16e congrès international de l'association des chercheurs en activités physiques et sportives (ACAPS).
Plus d’infos sur www.univ-nantes.fr/conference-sport-MIP

 

Ailleur sur le web

 

Ajouter un commentaire