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Faim dans le monde : des solutions existent !

Aujourd’hui, la terre a la capacité de nourrir la population mondiale et l’aura toujours demain. Pourtant, la famine touche encore plus de 800 millions de personnes. Pourquoi ? Quelles sont les solutions possibles ? Culture Sciences a posé ces questions à François Collart Dutilleul, professeur de droit à l’Université de Nantes et directeur du Centre Lascaux sur les Transitions (CELT).

Pourquoi la famine frappe-t-elle toujours?

Tout d’abord, il faut rappeler qu’il y a plus de 800 millions de personnes qui meurent de faim dans le monde. Et la situation ne s’améliore pas autant qu’on pourrait le dire. Même si 1 milliard de personnes souffraient encore de la faim au début des années 1990. Cette évolution s’explique par les efforts de la Chine qui a réussi à réduire très fortement la famine sur son territoire. En Afrique en revanche, le nombre de personnes touchées par ce fléau n’a cessé d’augmenter depuis 1950. Si la famine frappe toujours c’est parce que ses causes sont toujours présentes. La principale est liée à la sécurité juridique de la terre. Les ruraux - qui représentent les trois-quarts des personnes souffrant de la faim - n’ont pas un accès stable à une terre productive. Lorsqu’une terre est fertile ou possède un sous-sol riche, celle-ci est souvent captée par des sociétés étrangères ou même par l’Etat. C’est particulièrement le cas en Afrique. Le climat joue également un rôle essentiel : il est plus difficile de vivre là où il n’y a pas beaucoup d’eau et où le réchauffement planétaire risque d'accentuer le phénomène. Enfin, il y a une cause générale qui est l’indifférence. L’indifférence des entreprises étrangères qui exploitent les ressources naturelles, l’indifférence des Etats et l’indifférence de la communauté internationale.

 

« La famine dépend de la manière dont les pays riches se développeront »

Comment régler ces problèmes ?

D’abord, il faut donner aux ruraux un accès sécurisé à la terre. C’est-à-dire assurer aux paysans de pouvoir cultiver la terre sur laquelle ils vivent, ce qui n’est pas le cas actuellement. Le problème est qu’il y a en Afrique deux systèmes concurrents de droit sur la terre : un droit coutumier où je suis propriétaire car mes ancêtres vivaient là avant moi et un droit moderne où je suis propriétaire parce que j’ai un titre de propriété. Mais le droit coutumier n’est pas suffisamment reconnu par les Etats. Si on assure à une famille ou à une communauté, présente sur un territoire depuis plusieurs générations, qu’elles ne seront pas expropriées alors on leur garantit les moyens de leur subsistance. Il faut par ailleurs lutter contre le réchauffement climatique. Cela signifie que la famine dépend de la manière dont les pays riches se développeront. S’ils continuent à ne pas faire attention à la nature ce sont les pays en voie de développement qui en souffriront. Aujourd’hui, on a la capacité de nourrir la population mondiale et on l’aura encore demain. Nous avons les terres disponibles, la technologie nécessaire pour produire plus tout en respectant l’environnement. Il reste la question du progrès social qui est celle de l’éradication de la pauvreté.  

Que faire pour éradiquer cette pauvreté ?

C’est compliqué, il faudrait des décisions politiques fortes et aussi réfléchir à la question de manière globale. Nous sommes actuellement dans un système de marché largement régi par la loi d’ajustement de l’offre et de la demande qui centre tout sur le prix. On importe les marchandises les moins chères et on exporte des produits là où l’on en tirera le meilleur prix. C’est la raison pour laquelle on élève des poulets chez nous pour les vendre en Arabie Saoudite et qu’on en achète au Brésil pour notre propre consommation. Pour modifier cette logique, pourquoi ne chercherait-on pas à mieux ajuster l’exploitation des ressources naturelles d’un territoire avec les besoins de sa population ? Une ville, une communauté d’agglomération, un département ou une région qui fonctionnerait de cette manière permettrait à chacun de manger à sa faim, serait économe en énergie et éviterait d’exploiter les ressources naturelles de ses voisins, particulièrement celles des pays en voie de développement. Comment penser notre système, notre fonctionnement, notre droit autour de cet ajustement des ressources et des besoins ? Cette réflexion, à laquelle tout le monde peut participer, est au cœur du programme Lascaux qui devient le Centre Lascaux sur les Transitions (lire ci-dessous). 

Kogito.fr

Infos complémentaires

Centre Lascaux sur les Transitions 

http://lascaux.hypotheses.org

Dirigé par François Collart Dutilleul, ce centre d’études sur les transitions socio-écologiques rassemble plus de 200 chercheurs dans le monde qui travaillent en lien avec des collectivités publiques, des associations, des ONG… Piloté par l’Université de Nantes le Centre Lascaux sur les Transitions cherche à penser et à mettre en œuvre une gestion de nos ressources naturelles orientée vers la satisfaction des besoins sociaux des populations.

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