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« Il y a un lien convaincant entre le cancer et la consommation de viande rouge ou de charcuterie ! »

Les conclusions de nombreuses études internationales sont sans appel : manger trop de viandes rouges ou de charcuteries augmente les risques de développer un cancer. Précisions avec le professeur Jean-Marie Bard de l’Institut de Cancérologie de l’Ouest.

Carnivores attention ! Toutes les études le confirment : la consommation excessive de viandes rouges et de produits carnés transformés (charcuteries, saucisses, viandes en conserve, etc.) multiplie les risques de cancer du colon, le 3e cancer le plus fréquent et 2e le plus meurtrier*. « Les conclusions du rapport publié en octobre par le CIRC**, agence de l’OMS, ne sont pas nouvelles, réagit le professeur et biochimiste Jean-Marie Bard de l’Institut de Cancérologie de l’Ouest. Ce lien est établi depuis 2007. La nouveauté c’est le nombre d’études examinées, plus de 800, portant sur une douzaine de cancers différents. Celles sur le lien entre cancer du colon et consommation de viandes rouges ou transformées sont toutes concluantes ! » Et le CIRC d’affirmer : « le risque de développer un cancer colorectal en raison de sa consommation de viande reste faible, mais ce risque augmente avec la quantité de viande consommée. » Ainsi, chaque portion de 100 grammes de viandes rouges et chaque portion de 50 grammes de viandes transformées consommée quotidiennement accroît le risque de cancer colorectal de 18%.

 

Au niveau mondial, la communauté scientifique estime que 34 000 décès par cancer sont liés à la consommation de viandes transformées et 50 000 à la consommation de viandes rouges. Suspect numéro un : le fer. « Le fer contenu dans l’hémoglobine a probablement la capacité d’oxyder d’autres composés alimentaires, tels que les acides gras, et de les rendre toxiques. » La dangerosité de la charcuterie et des produits carnés transformés serait liée aux techniques de conservation (salaison, séchage, fumage). « Comme la cuisson au barbecue, ces techniques de conservation créent des dérivés toxiques (amines aromatiques, hydrocarbures aromatiques et nitrosamines), explique Jean-Marie Bard. De plus, le sel en lui-même altère la muqueuse gastrique, travaille en association avec des bactéries et, en conséquence, augmente les risques de cancer de l’estomac. »

 

« Un tiers des cancers pourrait être évité grâce à une attitude nutritionnelle adaptée »

 

Le cancer est une maladie complexe. Ses causes sont à la fois génétiques, comportementales et environnementales. Parmi les causes environnementales, la nutrition serait à l’origine de 30 à 35% des cancers. « Un tiers des cancers pourrait donc être évité par une attitude nutritionnelle adaptée » souligne le professeur. Par exemple, on recommande de manger moins de 500 grammes de viandes rouges par semaine, soit 3 ou 4 steaks, et de limiter le plus possible les charcuteries, notamment les plus grasses et salées. « Une alimentation monothématique est dangereuse,  il faut diversifier et équilibrer son alimentation comme indiqué par le Plan national nutrition santé***. Pour remplacer la viande rouge on peut alterner avec de la volaille, du poisson ou des œufs. » En plus des viandes rouges et charcuteries, du sel et des aliments salés, l’Institut National du Cancer classe comme « facteurs augmentant le risque de cancer »  les boissons alcoolisées, les compléments alimentaires à base de bêta-carotène ainsi que le surpoids et l’obésité. D’autres au contraire, réduisent le risque. C’est le cas des fruits et légumes, des fibres alimentaires, des produits laitiers ou de l’activité physique. L’allaitement quant à lui protège la mère du cancer du sein.

 

*42 000 cas annuels et 17 500 décès. Chiffres : Institut National du Cancer.

**Centre international de recherche sur le cancer

***« Manger Bouger », le Programme national nutrition santé (PNNS) est un plan de santé publique lancé en 2001. Il vise à améliorer l’état de santé de la population française en agissant sur l’un de ses déterminants majeurs : la nutrition. 

 

Ailleurs sur le web
Dossier "Viandes rouges, charcuteries et cancer" du réseau National Alimentation Cancer Recherche (NACRE)

 

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