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Malbouffe : Comment lutter contre l’influence de la pub et du marketing ?

Aliments trop gras, boissons trop sucrées… les jeunes ont souvent de très mauvaises habitudes alimentaires. Quels sont les conséquences sur la santé ? Comment agir pour lutter contre la « malbouffe » ? Eléments de réponses avec Marine Friant Perrot, chercheuse au laboratoire Droit et Changement Social (Nantes).

Une enseigne de restauration rapide sponsorise les Jeux olympiques, des marques célèbres de soda ou de pâte à tartiner proposent de personnaliser leurs produits avec votre prénom, des sportifs célèbres font la promotion de barres chocolatées… Les spécialistes du marketing ne sont jamais à court d’imagination quand il s’agit de nous séduire et de nous pousser à consommer. Problème : ces opérations marketing mettent en avant les produits alimentaires les moins bons pour notre santé. « 46% de la publicité alimentaire concerne les produits trop sucrés, trop salés. Concernant les boissons, la part est de 65% » s’inquiète Marine Friant Perrot, juriste spécialiste du droit de la consommation. Ces pub s’adressent surtout aux plus jeunes, aux enfants : il sont en effet les consommateurs de demain et les marques espèrent qu’ils conserveront les mauvaises habitudes prises aujourd’hui. « Les capacités cognitives des enfants ne leur permettent pas toujours de détecter le marketing viral et à cet âge, l’influence du groupe de pairs est déterminante dans les choix de consommation plus que la qualité nutritionnelle des produits » explique la chercheuse. Et la tentation est partout, même dans les jeux vidéo. Dans Les Sims par exemple, devinez où les joueurs peuvent emmener déjeuner  leurs personnages ?  Chez le leader mondial du hamburger bien entendu !

 

Aujourd’hui, les spécialistes tirent la sonnette d’alarme. « Des millions d'enfants de la Région européenne sont soumis à des pratiques de marketing inacceptables, s’indigne par exemple l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Les enfants sont entourés de publicités qui les exhortent à consommer des aliments riches en graisses, en sucres et en sel, même quand ils sont dans des endroits où ils devraient être protégés, comme les écoles et les salles de sport. » Conséquence de ces pratiques : le développement de l’obésité. L’OMS emploie même le terme d’ « épidémie », elle menacerait aujourd’hui la plupart des pays européens. Dans une récente étude l’organisation publie en effet des chiffres qui font peur : si rien n’est fait pour changer les habitudes alimentaires en France d’ici 2030, plus de la moitié des femmes (58%) et les deux tiers des hommes (66%) seront en surpoids. A cette même date, 29 % des femmes et un quart des hommes seront obèses ! Il est donc urgent d’agir dès le plus jeune âge et en particulier auprès des populations les plus pauvres. « Il existe en France un problème de justice alimentaire, souligne la juriste. Pour des raisons matérielles et financières, les enfants d’ouvriers sont 7 fois plus exposés aux risques de surpoids et d’obésité que les enfants de cadres ». Pourquoi ? Parce que les aliments gras et sucrés sont moins chers mais aussi parce ce que ces parents n’ont pas le même niveau de connaissances nutritionnelles pour composer des repas sains et équilibrés.

 

Les enfants d’ouvriers sont 7 fois plus exposés aux risques de surpoids et d’obésité que les enfants de cadres 

 

Comment lutter ? Pour Marine Friant Perrot, « Il n’y a pas que la responsabilité individuelle. Il ne faut pas stigmatiser les personnes, il faut agir sur l’offre et la promotion alimentaire ». En obligeant par exemple les entreprises agroalimentaires à modifier la composition de certains aliments trop riches en sel ou en sucre, en instaurant des taxes comme celle qui existe sur les sodas… Les pouvoirs publics doivent  également consacrer plus de moyens à l’éducation des consommateurs. « Pour trouver des solutions efficaces, nous pouvons nous inspirer de nos voisins anglais ou québécois qui ont des lois plus coercitives et plus abouties en matière de marketing alimentaire. Depuis des années, ils protègent les enfants de moins de 13 ans en contrôlant par exemple le contenu des publicités, leurs fréquences, les heures, les supports et les lieux de diffusion ».

 

Juriste spécialiste des questions liées à la consommation alimentaire, Marine Friant-Perrot est maître de conférences à l’université de Nantes. Elle publie des articles et participe à des conférences nationales et internationales sur le droit agroalimentaire, le droit de la consommation et le droit de la santé. En 2014, à la demande de l’Inpes (Institut national de prévention et d’éducation pour la santé), elle coécrit avec Amandine Garde  de l’Université de Liverpool un rapport consacré à « L’impact du marketing sur les préférences alimentaires des enfants ».

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Kogito.fr

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