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Un ciment révolutionnaire pour réparer les os

Des chercheurs nantais du LIOAD ont mis au point une pâte à injecter au niveau d’une fracture pour réparer l’os. Ce biomatériau qui se présente sous la forme d'une mousse de ciment pourrait bien révolutionner la médecine régénérative…

Le biomatériau mis au point au LIOAD pourrait améliorer et accélérer la réparation de l’os après une fracture. © J Bizzie - CC BY 2.0

« C’est un buzz incroyable ! Je suis submergé de messages de journalistes, de patients et d’entreprises du monde entier ! » Pierre Weiss n’en revient toujours pas. Depuis que RYOT, un site de média américain, a publié une courte vidéo présentant une innovation issue de son laboratoire, le directeur du LIOAD (Laboratoire d'ingénierie ostéo-articulaire et dentaire) est sollicité de toutes parts. Il faut dire que cette séquence d’environ 30 secondes frôle les 17 millions de vues… Elle illustre les applications possibles d’un nouveau biomatériau mis au point par les chercheurs du laboratoire nantais*. Ce matériau compatible avec l’organisme est destiné à améliorer et à accélérer la réparation de l’os après une fracture. Une révolution médicale qui a l’aspect d’une pâte dentifrice. « Il s’agit en fait d’une mousse à base de poudre de phosphate de calcium que l’on injecte au niveau de la fracture pour refabriquer du tissu osseux, explique Pierre Weiss. Cette sorte de ciment très poreux sert de support à une invasion cellulaire : les cellules osseuses situées autour de la fracture peuvent progresser vers le centre du biomatériau pour finalement le remplacer. »

Vue au microscope électronique à balayage (MEB) de la surface du ciment développé au LIOAD. © LIOAD

« Ce n’est pas encore le produit miracle mais une évolution majeure dans les ciments » confie le directeur. Il existe en effet déjà des ciments utilisés pour aider l’os à se réparer mais ceux-ci présentent quelques inconvénients : « Ils durcissent, sont fragiles et manquent de porosité. Les cellules mettent des années à y rentrer et à reconstituer le tissu osseux, détaille Pierre Weiss. Le notre durcit également mais est très poreux : il favorise une bonne repousse osseuse. » Sa préparation semble aussi simple qu’une recette de cuisine : mélanger un hydrogel – un matériau constitué en grande majorité d’eau et de polysaccharides (des sucres complexes) – avec de l’air pour obtenir une mousse, broyer la poudre de phosphate de calcium et mixer le tout. Démonstration en vidéo :

 

Mais les chercheurs du LIOAD souhaitent encore améliorer cette recette : « Il nous reste à trouver un nouveau polysaccharide utilisé dans l’hydrogel pour que le biomatériau soit plus résorbable et que les cellules aillent encore plus vite à l’intérieur ». D’ici là, Pierre Weiss recommande aux patients qui souhaitent servir de cobaye de prendre leur mal en patience. Car hormis la réparation de fractures osseuses classiques, le biomatériau pourrait aussi soulager les personnes atteintes de tassements vertébraux ou d’ostéoporose, une maladie qui fragilise le squelette. « Si on y arrive, se sera un succès fou » confie le directeur de laboratoire.

 

 

* en collaboration avec l’Institut des Matériaux de Nantes Jean Rouxel (IMN – Université de Nantes / CNRS)

Kogito.fr

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