Vous êtes ici

« L’érosion de la biodiversité : un risque majeur pour l’humanité »

Christophe Grenier est enseignant en géographie à l’Université de Nantes et chercheur. Il travaille sur des problématiques de conservation de la nature au sein du laboratoire LETG-Nantes Géolittomer.

Christophe Grenier sur l‘Alcedo, un volcan de l’île d’Isabela aux Galápagos en 2011. Le géographe a évalué ici la pertinence de l’ouverture d’un site de visite écotouristique. © Christophe Grenier

En quoi consiste votre activité de géographe ?
Je m’intéresse depuis plus de vingt ans à la conservation des espaces naturels protégés tels que les parcs nationaux. Sur ces espaces et les régions qui les abritent, j’analyse les impacts géographiques de phénomènes liés à la mondialisation : le tourisme, la pêche, l’exploitation forestière, les migrations de populations... J’étudie surtout les îles car ces régions autrefois isolées ont aujourd’hui des écosystèmes ou des populations particulièrement affectés par la mondialisation. J’ai séjourné plusieurs années dans l’archipel des Galápagos ainsi qu’à Madagascar et j’ai effectué des missions de recherche à l’île de Pâques afin d’identifier les causes de la dégradation de leurs espaces naturels. Finalité : apporter des solutions pour mieux les préserver ou réduire les risques.

 

Quelles sont les conséquences de l’activité humaine sur ces écosystèmes ?
Tout d’abord, l’érosion de la biodiversité. Et ce problème représente un risque majeur pour l’humanité tout entière, comme le changement climatique. Quand les espèces et les ressources d’un écosystème disparaissent, l’existence de l’homme est aussi menacée. C’est par exemple le cas sur le littoral sud-ouest de Madagascar dont les ressources halieutiques sont massivement exploitées et exportées : la destruction rapide de la biodiversité marine menace les pêcheurs du peuple Vezo... Les invasions biologiques ont aussi un impact important sur les écosystèmes isolés, en particulier insulaires. Avec l’intensification des transports de plus en plus d’espèces animales et végétales sont introduites par l’homme et peuvent modifier ou asphyxier des écosystèmes. Aux Galápagos, le goyavier, le quinquina rouge ou le mûrier font peu à peu disparaître l’habitat des plantes natives des hauteurs de l’archipel. Mais inutile d’aller à l’autre bout du monde pour constater ces invasions biologiques. Elles sont mondiales. Dans notre région, l’Ibis sacré introduit y a près de trente ans a aujourd’hui envahi l’estuaire de la Loire et, dans les rivières, c’est le ragondin, espèce originaire d’Amérique du Sud.

 

Comment votre discipline peut-elle aider à préserver la nature ?
En reliant les actions humaines à leurs impacts écologiques, les causes aux conséquences. La géographie est une science sociale qui étudie les empreintes que les sociétés laissent ou produisent sur la Terre au cours de l’histoire. Selon moi, elle devrait être reconnue comme une méthode d’analyse à mi-chemin entre les sciences sociales et naturelles. Je suis convaincu de son importance pour traiter les grandes questions sur la conservation de la nature.

Sur quels outils vous appuyez-vous pour mener vos recherches ?

Des milliers d’enquêtes ou de questionnaires multilingues et les logiciels qui permettent de les traiter. Pour recueillir des informations sur le terrain, on interroge toutes les couches sociales, du paysan au responsable politique en passant par le pêcheur et l’entrepreneur. Papier et crayon sont aussi utiles pour dessiner des brouillons de cartes que je transmets ensuite au cartographe du laboratoire.

Qu’est-ce qui vous motive dans votre quotidien de géographe ?
Trois choses : le goût de l’ailleurs, le goût de la nature et celui du contact humain. Aimer voyager, découvrir des paysages, rencontrer les gens, consulter les archives, écrire… C’est aussi ça la géographie !
 

Ailleurs sur le web
Equipe « Changements d’usages, conflits, mutations territoriales à l’interface terre/mer » du LETG-Nantes Géolittomer

 

Ajouter un commentaire