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Dépolluer les jardins avec des plantes

Comment jardiner en toute sécurité sur des sols pollués par des métaux lourds, que la contamination soit le fait d’activités humaines ou qu’elle soit d’origine naturelle ? Quelles plantes associer à nos tomates ou nos choux pour assainir la terre et comment améliorer ce procédé de dépollution ? Voilà certaines des questions que se pose Dorine Bouquet, jeune doctorante nantaise.

Dorine Bouquet effectue des prélèvements en jardin

Dorine Bouquet

 

Après sa scolarité à La Réunion, Dorine Bouquet a obtenu son diplôme d’ingénieur agronome à l’ENSAIA (Nancy). Depuis fin 2014, elle effectue un doctorat au sein du Laboratoire de Planétologie et Géodynamique (LPG) de l’Université de Nantes.

 

 

 

Quel est l’objectif de votre thèse ?

Je cherche à développer un système de culture qui dépolluerait les sols de jardins tout en maintenant une activité potagère. Je m’intéresse en particulier aux jardins familiaux, ces potagers urbains mis à disposition des habitants. En 2012, la ville de Nantes a fait analyser la qualité des sols de 24 jardins collectifs. Une pollution aux métaux lourds a été mise en évidence dans 8 d’entre eux. Pour les réhabiliter, la première solution choisie a été le mouvement de terre : enlever 30 à 50 centimètres de terre dans le cas d’une pollution d’origine humaine ou poser un grillage « avertisseur » sur le sol pollué puis le recouvrir de terre saine dans le cas d’une contamination naturelle. Cette méthode fonctionne mais elle est coûteuse et peu durable car consommatrice de terre végétale dont l’approvisionnement est de plus en plus compliqué. Plutôt que de remplacer la terre, ne pourrait-on pas pratiquer un jardinage sécurisé et dépolluant ? Voilà l’intérêt de mes recherches.

D’où provient cette pollution et quel danger représente-t-elle ?

Les sols contiennent surtout du plomb, le polluant le plus fréquent dans les sols contaminés. Son origine en zone urbaine est en grande partie liée à l’activité humaine : industries, trafic routier, anciennes peintures… Dans un jardin, le plomb peut être absorbé dans les végétaux et donc dans la chaîne alimentaire. Sa consommation représente alors un risque d’intoxication chronique. Il peut attaquer le système nerveux et provoquer des maladies comme le saturnisme.

Comment réalisez-vous vos expériences ? 

Je dispose d’une parcelle sur le site des jardins des Eglantiers, dans le quartier Bout-des-Landes. Ce site en compte une centaine : 50 non contaminées, 46 réhabilitées et 4 polluées. Ces dernières ont été regroupées et mises à disposition de l’Université par la ville de Nantes pour mener des expérimentations. Il s’agit ici d’une pollution très localisée qui est d’origine naturelle, issue d’une veine minéralisée enrichie en plomb dans une fracture de la roche mère. Avec l’aide de quatre jardiniers volontaires, j’étudie la culture de plantes dépolluantes seules ou associées à d’autres légumes qui n’accumulent pas ou peu le plomb tels que le chou d’hiver, la pomme de terre ou le haricot vert.
 
 

Quelles variétés de plantes dépolluantes testez-vous ? 

J’utilise des plantes connues pour leur capacité à accumuler le plomb dans leurs feuilles et leurs tiges comme la moutarde brune. Pour réduire la durée de dépollution par les plantes (phytoextraction) - actuellement évaluée à plusieurs dizaines voire centaines d’années - je teste en laboratoire la technique de « bio-augmentation » : je sélectionne des bactéries puis les ajoute dans le sol. Ces bactéries sont destinées à améliorer la croissance des plantes et/ou leur concentration en plomb dans les parties récoltables et donc à augmenter la quantité de plomb qu’elles peuvent extraire. Mon objectif est de trouver le meilleur couplage entre une plante dépolluante et une bactérie afin de réduire la durée du traitement à une dizaine d’années seulement.

Qu’est-ce qui vous stimule dans votre quotidien de chercheuse ?

La curiosité ! L’envie de comprendre les choses est essentielle quand on réalise de longues expériences comme celle-ci. On n’obtient pas toujours le résultat souhaité mais on sait que tôt ou tard ça va arriver. Il me reste un peu moins de deux ans avant de soutenir ma thèse. Je continuerai soit dans la recherche soit pour une entreprise ou une collectivité. Gérer des projets et des méthodes de développement durable, voilà ce qui m’intéresse.
 

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Site des parcs et jardins de Nantes

 

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