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« Le grand public a une représentation déformée de la criminologie »

Bien loin des représentations véhiculées par les séries télé, la criminologie est un champ de recherche qui fait appel au droit, à la sociologie, à la psychologie, à la médecine ou même à la philosophie. Précisions avec Virginie Gautron, criminologue à l’Université de Nantes.

La criminologie est l’étude du phénomène criminel et des réponses sociales et pénales qui y sont apportées. © photo : Pixabay

Après sa thèse sur « les politiques publiques de lutte contre la délinquance », Virginie Gautron est devenue maître de conférences en droit pénal et sciences criminelles à l’Université de Nantes. Elle dirige le diplôme universitaire (D.U.) de criminologie de la faculté de droit et fait partie d’une équipe du laboratoire Droit et changement social.

 

 

 

Comment définir la criminologie ?

Ce n’est pas une science au sens strict. C’est un objet de recherche qui s’intéresse aux dimensions sociales, économiques et psychologiques des phénomènes délinquants et à la façon dont le système pénal lutte contre la criminalité. En somme, c’est l’étude du phénomène criminel et des réponses sociales et pénales qui y sont apportées. Celle-ci fait appel à de nombreuses disciplines scientifiques : la médecine légale, la sociologie, le droit, la criminalistique, l’économie… et même l’histoire et la philosophie. On ne peut pas s’intéresser à la criminologie sans avoir lu les travaux du philosophe Michel Foucault sur le système carcéral ni sans se poser la question « pourquoi emprisonne-t-on ? ». Le grand public a une représentation déformée de la criminologie souvent due aux « profilers », ces personnages de fictions à la fois psychologues et enquêteurs de terrain, ou à certains pseudo-experts très présents dans les médias qui voudraient faire de la criminologie une science autonome… Or parler de la criminologie comme une discipline à part entière revient à considérer les criminologues comme des supers scientifiques capables d’étudier tous les aspects du phénomène criminel.

 

« Aider à prendre les décisions les plus efficaces pour lutter contre la délinquance»

 

Sur quoi portent vos recherches ?

Avec mes collègues chercheurs, je m’intéresse à l’application du droit pénal, aux caractéristiques des personnes condamnées et à leur prise en charge par le système judiciaire. Nos études sont ensuite mises à disposition de tous les acteurs du champ pénal : juges, officiers de police, avocats, centres pénitentiaires… Nous espérons qu’elles les aident à prendre des décisions plus efficaces pour lutter contre la délinquance. Par exemple on sait maintenant que privilégier les aménagements de peines (sorties progressives de prison) aux sorties « sèches » réduit le risque de récidive. Je dirige aussi un projet de recherche qui porte sur les liens entre la psychiatrie et la justice pénale, entre les soins et les peines. Avec des juristes, des sociologues, des psychologues et des politologues, on s’intéresse à la prise en charge médicale des personnes qui présentent des addictions (alcoolisme, toxicomanie) ou atteintes de troubles psychiatriques. Notre objectif est de constituer un échantillon de 3 000 affaires des années 1980 à aujourd’hui pour voir comment ont évolué les soins dans le milieu pénal.

 

D’autres exemples de recherches  menées en criminologie à Nantes ?

Oui, beaucoup. Nadège Verrier du laboratoire de Psychologie des Pays de la Loire s’intéresse au phénomène des faux souvenirs chez les enfants. Le médecin légiste Renaud Clément étudie quant à lui les troubles des personnes placées en garde à vue. Les psychiatres du centre de ressources pour les intervenants auprès des auteurs de violences sexuelles (Criavs) s’intéressent eux à la prise en charge thérapeutique, sociale et judiciaire des délinquants sexuels… Tous ces chercheurs sont réunis autour de programmes de recherche au sein de l’Institut Universitaire Nantais de Criminologie. Unique en France, cet institut a aussi comme ambition de créer un master « sciences sociales et criminologie » destiné aux étudiants en droit et en sociologie. 

 

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