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Une tempête « Xynthia 2 » est-elle possible ?

28 février 2010. La tempête Xynthia frappe violemment la côte atlantique. Ses conséquences dramatiques ont marqué les esprits… 6 ans plus tard, sommes-nous mieux préparés à ce type de catastrophe ? La question intéresse les chercheurs nantais du LETG qui évaluent les risques de submersion marine et d’érosion sur le littoral.

53 morts, des quartiers entiers inondés, des bateaux projetés dans les champs… Tel fut le terrible bilan de la tempête Xynthia en 2010. « Vents violents, forte houle, grande marée, crue du Lay, importante urbanisation sur les côtes… Tous les éléments étaient réunis pour aboutir à cette catastrophe » analyse Marc Robin, professeur à l'Université de Nantes et directeur du laboratoire LETG (Littoral, Environnement, Télédétection, Géomatique). La plupart des terres inondées par la mer suite à la tempête étaient en « zones basses », c'est-à-dire situées à une altitude inférieure au niveau atteint par la mer lors de conditions extrêmes. Depuis Xynthia, ces zones à risques ont été cartographiées sur l’ensemble des côtes en France métropolitaine. Elles représentent une surface totale d’environ 7 000 km² dont plus de la moitié se situent le long de l’Atlantique. « Avec environ 1500 km² de zones basses, la région Pays de la Loire arrive en 1re position devant le Poitou-Charentes et le Nord-Pas-de-Calais, détaille Marc Robin. Certains segments de notre littoral sont ainsi potentiellement menacés par une submersion marine. » Dans son laboratoire, on étudie les risques auxquels sont confrontés les populations vivant sur le littoral, dans des zones comme la baie de Bourgneuf, les marais de Guérande, l’île de Noirmoutier ou le sud Vendée. Les scientifiques contribuent notamment à la surveillance des dunes littorales afin d’évaluer les risques de rupture. Lors du passage de Xynthia, près de 130 brèches s’étaient ouvertes dans ces systèmes de protection naturels mais aussi artificiels (digues)…

 

Une « Xynthia 2 » est-elle possible ? « Oui, assure Marc Robin. D’autres zones habitées présentent une configuration proche de celle des communes touchées en 2010. » Mais alors comment éviter qu’une telle catastrophe ne se reproduise ? C’est là tout l’intérêt des recherches menées par le LETG en appui aux services de la Région et de l’État et avec divers partenaires dans le cadre du nouvel observatoire des risques côtiers en région Pays de la Loire (OR2C) qui démarre en 2016. Les scientifiques utilisent notamment un LiDAR1 embarqué sur un avion pour surveiller le littoral. Cet appareil de mesure à distance par faisceau laser peut cartographier les côtes avec une précision de l’ordre de quelques centimètres. Les données recueillies permettent d’analyser les phénomènes naturels qui entrent en jeu dans l’évolution des côtes comme l’érosion ou l’avancée des dunes et ainsi « de détecter les risques de brèches ou les départs de sable ». Les chercheurs recueillent aussi des données sur le terrain, en bateau ou à l’aide de bouées afin d’étudier la topographie des fonds marins ou les courants, des facteurs à prendre en compte pour mieux comprendre la dynamique du « trait de côte », la limite entre la terre et la mer.

 

 

Depuis la tempête, les mesures de prévention des risques littoraux ont été renforcées pour maîtriser l’urbanisation et mieux protéger les populations dans les zones à risques. « Xynthia a été un coup de massue qui a entrainé une réflexion nationale et d’importants travaux » raconte Marc Robin. Un plan « digues » recommande par exemple de rehausser et renforcer les digues de protection et d’entretenir le trait de côte. Une mesure réalisable mais qui représente un coût énorme, « en moyenne, mais tout dépend de l’état initial de la digue, 0,5 million d’euros par kilomètre de digue ». Par ailleurs, la cote de niveau aujourd’hui prise en compte pour ce type de travaux, aussi appelée « cote Xynthia », est fixée dans les Plans de Prévention des Risques Littoraux (4,20 mètres par exemple dans le PPRL de Noirmoutier). « Mais il faudrait y ajouter une hauteur, celle du GIEC² qui scénarise une élévation du niveau de la mer de 60 centimètres d’ici la fin du siècle, afin de sécuriser les ouvrages de défense : ainsi à Noirmoutier par exemple, la cote retenue pour les digues est de 5 m, précise le chercheur. Les perspectives d’évolution du climat semblent en effet défavorables : le niveau de la mer continue d’augmenter, on s’interroge sur l’intensité des tempêtes et la pression urbaine en zone côtière ne diminue pas» Dans ce contexte, une autre solution envisagée consisterait à déplacer certaines activités menacées quand c’est possible et après négociation vers des zones moins menacées. Mais cette option « sage mais contraignante » n’est pas toujours possible ou bien acceptée par les habitants…

1 Light Detection And Ranging : ce LIDAR a été acquis dans le cadre du programme régional RS2E (Réseau de Suivi et de Surveillance Environnemental) de l’Observatoire des Sciences de l’Univers Nantes Angers)

² Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat

Kogito.fr

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