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Soigner les joueurs pathologiques par des impulsions électromagnétiques dans le cerveau ?

Quels sont les effets de la technique de stimulation magnétique transcrânienne répétitive (rTMS) sur les personnes dépendantes aux jeux de hasard et d’argent ? C’est la question que s’est posée la psychiatre nantaise Anne Sauvaget au travers d’une expérience menée auprès d’une trentaine de patients.

Constitué d’une bobine électromagnétique, l’appareil est positionné à seulement un ou deux centimètres de la tête du patient. Des « tac, tac, tac » répétitifs retentissent : la machine est en marche. Pendant 6 minutes, elle va envoyer des impulsions électromagnétiques – comme les IRM - destinées à modifier l’activité électrique des neurones. C’est ainsi que se déroule une séance de stimulation magnétique transcrânienne répétitive ou rTMS1 menée par Anne Sauvaget, psychiatre au CHU de Nantes, et son équipe de cliniciens-chercheurs. Depuis deux  ans, cette spécialiste des techniques de neurostimulation mène, en collaboration avec des addictologues2 nantais, un projet de recherche visant à découvrir les effets de la rTMS sur des personnes dépendantes aux jeux comme le poker, les jeux de grattage ou les paris hippiques. « Notre expérience a consisté à installer 30 patients devant leur jeu de prédilection pour les mettre en situation de craving, c’est-à-dire « d’envie irrésistible de jouer », détaille Anne Sauvaget. Puis, nous les avons soumis à deux séances de rTMS, une véritable et une séance placebo sans impulsions électromagnétiques afin de voir si la technique influence ou non leur envie de jouer. » Les résultats de ces expériences sont aujourd’hui en cours d’analyse mais les chercheurs formulent déjà des hypothèses. L’une d’elles serait que la rTMS permet de réguler la production de la dopamine, la « molécule du bonheur », au niveau du cortex frontal, la zone du cerveau impliquée dans la prise de décision, la planification et les émotions.

 

« Modifie la libération des neurotransmetteurs au niveau des synapses »

 

Utilisée pour la première fois dans le cadre d’une recherche sur l’addiction au jeu, la stimulation magnétique transcrânienne répétitive est déjà appliquée pour traiter la maladie de Parkinson, les troubles de l’humeur, notamment la dépression, ou encore les TOC et les acouphènes. Mais comment peut-elle modifier le fonctionnement de notre cerveau ? « Il agit lui-même comme une bobine, explique la psychiatre. Le cerveau produit un champ électromagnétique et les neurones communiquent entre eux avec des micro-signaux électriques. Dans le cadre de nos recherches, la rTMS agit au niveau des synapses, point de jonction entre deux neurones, en modifiant la libération de composés chimiques, les neurotransmetteurs. » De la même famille3 de traitement que l’électroconvulsivothérapie – anciennement les électrochocs, la rTMS présente des avantages non négligeables : cette technique est indolore, non-invasive, c’est-à-dire qu’elle ne nécessite pas d’opération, et n’a que peu d’effets secondaires contrairement aux médicaments.

 

1repetitiveTranscranialMagnetic Stimulation

2 De l’Institut fédératif des addictions comportementales

3 Il existe trois familles de traitements en psychiatrie : la pharmacologie (les médicaments), la psychothérapie et les techniques de neurostimulation comme la TMS et l’électroconvulsivothérapie.

 

Kogito.fr

 

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