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Pourquoi avons-nous peur de la fin du monde ?

La fin du monde est une angoisse que nous partageons tous. Quelle en est la raison ? D’où vient cette angoisse ? Comment influence-t-elle nos réflexions sur l’avenir de la planète ? Les réponses de chercheurs du programme scientifique ATLANTYS porté par l'Université de Nantes.

Elle est mise en scène à Hollywood, elle génère de nombreux buzz sur la toile, elle a déjà fait les gros titres du journal télévisé... Elle, c’est la fin du monde. Rien que ça. Mais pourquoi un sujet si angoissant est-il autant banalisé dans notre société ? D’où vient cette peur de la disparition de l’humanité ? Est-elle ancestrale et universelle ? Voilà des questions que se posent actuellement les historiens, les spécialistes de littérature, les philosophes, les psychologues, les anthropologues, les géographes ou les archéologues réunis au sein d’ATLANTYS. Ce programme de recherche associe depuis fin 2015 une vingtaine de chercheurs des Pays de la Loire à des scientifiques du monde entier : Japon, Australie, Royaume-Uni, Canada… Ensemble, ils s’intéressent aux origines et à l’influence de l'imaginaire de la fin du monde. Ils analysent en particulier les réactions et les perceptions des sociétés humaines frappées par de grandes catastrophes naturelles : cyclones, séismes, tsunamis, grandes sécheresses « Ces épisodes de destruction massive sont historiquement bien documentés, explique Frédéric Le Blay, chercheur nantais au centre François Viète et coordinateur du projet. Etudier l’empreinte qu’ils laissent sur les populations peut enrichir les débats d’aujourd’hui sur notre avenir et celui de la planète, notamment dans le cadre du changement climatique. Nos travaux devraient alors contribuer à voir comment l’imaginaire collectif de la mort de l’humanité influence la pensée écologique actuelle. »


 

De l’Atlantide à Fukushima

Témoignages écrits ou oraux, études scientifiques, livres de science-fiction post-apocalyptique, peintures, films catastrophes... Autant de récits et de représentations d’épisodes destructeurs que les scientifiques étudient pour remonter aux origines de l’angoisse de la fin monde et de ses représentations. « On trouve des écrits sur le sujet dès l’Antiquité, détaille le maître de conférences en littérature et civilisations anciennes. Le philosophe grec Platon évoque par exemple l’histoire de l’Atlantide, cette île engloutie sur laquelle vivait une civilisation brillante. Inutile de la chercher, on sait aujourd’hui qu’il s’agit d’un mythe mais il cache peut-être le souvenir d’un réel épisode de destruction par la mer entretenu par transmission orale. » Plus récemment, l’ouragan Katrina aux Etats-Unis (2005) ou la catastrophe nucléaire de Fukushima (2011) constituent eux aussi des sujets d‘études pour les chercheurs d’ATLANTYS. Ils les renseignent notamment sur les réactions d’une population confrontée à ce type de drame. « Quelle influence l’événement a-t-il sur l’art et la culture des populations touchées ? Comment le surmonte-t-elle ? On s’intéresse à la marque laissée par les catastrophes sur les sociétés et à l’évolution des rapports entre les hommes et leur environnement naturel. » 

 

« On nous prédit régulièrement la fin du monde et il y a toujours des gens pour y croire »

Une fin du monde, plusieurs scénarios

« Les religions ont ancré l’apocalypse dans notre culture occidentale mais cet imaginaire peut être représenté sous d’autres formes selon les cultures et les civilisations » précise Frédéric Le Blay. Les chercheurs creusent en effet cette question de l’apocalypse en analysant différents mythes, croyances religieuses ou peurs millénaristes, ces angoisses collectives qui surviennent lors d’un changement de millénaire. « On nous prédit régulièrement la fin du monde et il y a toujours des gens pour y croire, constate Frédéric Le Blay. Rappelez-vous en 2012 quand certains l’annonçaient en se référant au calendrier maya... » Les chercheurs travaillent aussi sur les théories philosophiques et scientifiques de la fin du monde, celles qui permettent d’expliquer une catastrophe naturelle comme celles qui tentent de justifier une prophétie. « Aujourd’hui les deux principaux scénarios qui hantent les consciences relèvent du changement climatique : une forte montée du niveau des eaux et une désertification due à l’augmentation des températures ». On peut aussi y ajouter la fin de la biodiversité ou celle du système solaire, un sujet pris très au sérieux par la NASA dans le cadre de ses programmes de colonisation spatiale. Sans oublier l’ultime scénario de fin du monde : « Un big-bang inversé, une des théories sur lesquelles nous travaillons avec des astrophysiciens ». Si vous souhaitez approfondir tous ces sujets, rendez-vous aux colloques organisés par l’équipe d’ATLANTYS cette année à Nantes. Si la fin du monde n’a pas encore eu lieu d’ici là bien entendu.

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Infos complémentaires

Les 2 colloques internationaux du programme ATLANTYS
Programmés à Nantes, ils proposeront des conférences ouvertes au public dans deux thématiques :
- « La fin du monde : un imaginaire universel ? » les 8, 9 et 10 juin ;

- « Survivre à la fin d'un monde : perspectives historiques et géographiques » les 17, 18 et 19 novembre.

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