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« La lumière nous dévoile les secrets de l’univers »

Astrophysicien et chercheur en épistémologie - l’étude des connaissances scientifiques -, Vincent Minier coordonne ExplorNova, un projet de recherche* qui étudie les missions spatiales.

« Je passe beaucoup de temps à analyser les différentes formes électromagnétiques de la lumière : rayons gamma, ultraviolets, infrarouges, micro-ondes... » confie Vincent Minier. © Vincent Minier

Quelles recherches vous occupent actuellement ?

Dans le cadre d’ExplorNova, je m’intéresse aux technologies spatiales utilisées dans les grandes missions comme le rover Curiosity qui évolue sur Mars ou le télescope spatial Herschel. J’analyse la phase de conception de ces grands instruments de recherche : leur invention, leur fonctionnement, leurs innovations techniques, leur management… L’élaboration d’une mission spatiale se justifie par la possibilité d’un saut en performance ouvrant de nouvelles perspectives d’observations et de découvertes. C’est un cocktail de prise de risque et de technologies mûres dans un budget donné. Le pari d’ExplorNova est de transposer à l’industrie cette méthodologie de conception et d’innovation. L’autre enjeu est de rendre ces connaissances scientifiques et techniques accessibles au plus grand nombre.

 

Comment partagez-vous ces connaissances avec le grand public ?

A l’aide du numérique. Par exemple avec le site web ExplorNova 360°, nous proposons une découverte interactive et immersive du système solaire et de l’univers. L’internaute visite la planète Mars, parcourt des galaxies, découvre des exoplanètes... Ce site sera à terme une mini encyclopédie des sciences et techniques spatiales. Nous avons aussi créé un MOOC - un cours en ligne - sur l’astrophysique et la planétologie. 7 000 personnes - dont beaucoup de collégiens et de lycéens – s’y sont inscrites. Pour mieux comprendre ce qu’est une planète, une galaxie ou un télescope, nous exposons également des dispositifs numériques, certains artistiques. Réalisé avec Ryoichi Kurokawa, unfold raconte l’histoire de la formation du Soleil. Cette œuvre sera présentée en septembre au festival Scopitone et pendant la Nantes Digital Week. Il est important de raccrocher les découvertes scientifiques à notre sensibilité humaine, tout n’est pas qu’équations…
 

Que représente la lumière pour un astrophysicien ?

Elle est fondamentale, c’est notre matériau. Je passe beaucoup de temps à analyser ses différentes formes électromagnétiques : rayons gamma, ultraviolets, infrarouges, micro-ondes, etc. La lumière est un messager car elle transporte une foule d’informations qui permettent de caractériser les conditions physiques et chimiques d’un objet. Captée par un télescope, la lumière issue de la formation d’une étoile nous renseigne sur la masse, la température ou la distance qui nous sépare de cet astre. C’est pourquoi un radiotélescope « fonctionne » comme un poste de radio : il faut trouver la bonne fréquence pour recevoir la bonne information.


Un résultat scientifique que vous attendez par-dessus tout ?

Oui : la caractérisation de l’atmosphère des exoplanètes, ces planètes qui gravitent autour d'autres étoiles que le Soleil. D’ici 20 ans, nous devrions être en mesure de savoir si certaines des 2 000 exoplanètes découvertes possèdent une atmosphère habitable. Cela sera possible grâce aux télescopes géants aujourd’hui en construction comme l’E-ELT au Chili. Il disposera d’un miroir de près de 40 mètres de diamètre, c’est environ 4 fois supérieur à ce que nous utilisons actuellement. Quelque chose d’énorme s’ouvre à nous : savoir si le processus de formation de notre planète est particulier ou non.

* porté par le CEA/Irfu à Saclay et l’Université de Nantes.

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