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« Je teste mes intelligences artificielles dans les jeux vidéo »

Maître de conférences à l’Université de Nantes et chercheur au Laboratoire d'informatique Nantes Atlantique (LINA), Florian Richoux est spécialiste de l’intelligence artificielle dans les jeux. Il participera ce 10 juin à une « battle » organisée dans le cadre des Journées Scientifiques de l’Université de Nantes.

Succès commercial des années 2000, Stracraft Brood War est l’un des jeux vidéo utilisés par des chercheurs pour tester des intelligences artificielles. © 1998 Blizzard Entertainment, Inc. All rights reserved. StarCraft, Brood War and Blizzard Entertainment are trademarks or registered trademarks of Blizzard Entertainment, Inc. in the U.S. and/or other countries.

Pourquoi utiliser des jeux dans le cadre de vos recherches sur l’intelligence artificielle ?
Mon but est d’affiner des techniques d’intelligence artificielle (IA) ou d’en créer de nouvelles. J’utilise des jeux au sens large – vidéo, de plateau ou serious game - pour tester des IA avant que d’autres chercheurs les appliquent à des domaines comme la robotique, la météorologie, la biologie ou même la gestion aéroportuaire. Les jeux vidéo sont pour moi un excellent terrain d’expérimentation. Ces environnements confinés, avec des règles plus simples et des interactions plus limitées que dans le monde réel soulèvent de vraies questions scientifiques avant de s’attaquer à des problèmes plus complexes. Ils me permettent d’étudier l’apprentissage automatique et la prise de décision d’une IA.

Avec quels jeux vidéo travaillez-vous ?
Les jeux de stratégie en temps réel. Dans ces simulateurs de combat, le joueur doit défaire en temps réel une ou plusieurs armées adverses. Il ne s’agit pas de jeux de stratégie au tour par tour comme les échecs ou le go. Les joueurs jouent simultanément et disposent d’informations incomplètes sur l’état de la partie. Ils ne peuvent pas voir la stratégie préparée par l’adversaire. Ce « brouillard » ressemble à la vie réelle : on n’a pas toujours accès à toutes les informations mais on doit prendre des décisions. Je travaille en particulier avec Starcraft et son extension Brood War, un jeu très commercialisé, pour lequel il existe une interface1 permettant de créer des joueurs artificiels. Mon IA doit donc comprendre un environnement dynamique pour en déduire une stratégie efficace selon la situation. Je la fais jouer depuis 2011 contre d’autres joueurs artificiels, des « bots », développées par des étudiants ou des chercheurs et elle se débrouille plutôt bien : 5e sur 22 l’an passé à l’issue d’une grande compétition internationale. Chaque année, j’entraine mon IA contre ses anciens adversaires pour qu’elle apprenne d’eux.
 

Extrait d’une partie de Stracraft Brood War jouée par une IA. © Florian Richoux/1998 Blizzard Entertainment

 

Vous avez aussi collaboré avec le laboratoire d’intelligence artificielle de Facebook l’an passé, pour quelles raisons ?

Facebook est spécialiste des techniques d’apprentissage automatique comme le deep learning (ou « apprentissage profond »). Cette technologie basée sur des réseaux de « neurones artificiels » est en plein développement. Les chercheurs du FAIR2 s’intéressent aussi aux jeux comme environnements de test pour développer une IA. Mais pour des raisons de confidentialité je ne peux pas en dire plus… Cela dit, Facebook a déjà injecté des IA dans son système, notamment pour la reconnaissance d’images. Par exemple, si vous avez posté une photo de voyage devant un avion, Facebook peut l’afficher sur votre mur un ou deux ans plus tard pour vous rappeler ce souvenir. Ceci grâce à l’IA qui a identifié l’avion sur votre photo et qui considère qu’il s’agissait d’un événement positif marquant.

A quels types d’IA doit-on s’attendre dans les prochaines années ?
On développe déjà des IA d’aide au diagnostic pour les médecins notamment. Elles facilitent l’analyse d’un flot d’informations comme les résultats de scanner ou l’historique de patients et seront bien plus performantes d’ici quelques années. Les IA vont aussi modifier nos interactions avec les machines en général. Vous pouvez déjà parler avec votre smartphone ou lui dicter un SMS mais dans dix ans cet interfaçage sera affiné. On pourra peut-être les contrôler par la voix ou par les expressions faciales. L’IA saura alors si on est content, en colère, déprimé... L’un des plus gros challenges à relever selon moi concerne la compréhension de texte. Une IA qui saurait reconnaître de l’ironie ou du cynisme dans une phrase pourrait traduire un discours quasi instantanément et avec une grande précision. Dans l’ensemble, les IA d’aujourd’hui sont programmées et entraînées pour des tâches spécifiques et leur apprentissage est supervisé par un humain. On est encore très loin d’une IA multitâches qui se débrouille par elle-même du début à la fin, et encore bien plus loin d’un Terminator…

1 BWAPI (Brood War Application Programming Interface) : http://bwapi.github.io
2 Facebook AI Research : https://research.facebook.com/ai

 

Quelles sont les limites de l'intelligence artificielle ? Les réponses de Florian Richoux :

 

Infos complémentaires

Battle « Intelligence artificielle vs intelligence humaine : le combat incertain »
Rendez-vous le 10 juin à partir de 14h la Cité des Congrès de Nantes pour assister à une « confrontation » entre Florian Richoux et Pierre-Antoine Gourraud. Ce dernier, généticien et professeur à l'Université de Nantes, est spécialiste de la sclérose en plaques et expert en recherche numérique et médecine personnalisée.
+ d’infos sur le site des Journées Scientifique de l’Université de Nantes

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