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Psychologie : quelles sont les lois du bonheur ?

Pourquoi ne suffit-il pas d’être riche et en bonne santé pour être heureux ? Quels sont les critères qui conditionnent notre qualité de vie ? Les réponses de Fabien Bacro maître de conférences en psychologie du développement à l’université de Nantes

En tant que psychologue, comment définissez-vous la qualité de vie ?

La qualité de vie est un concept complexe et multidimensionnel. Il renvoie à différentes dimensions comme la santé, les relations sociales et familiales, le confort matériel et l’état émotionnel d’un individu. Mais cette notion varie en fonction de différents facteurs, comme l’âge par exemple. En effet, les préoccupations des enfants ne sont pas les mêmes que celles des adultes. Entre 2010 et 2012, j’ai mené avec plusieurs membres de mon équipe une étude intitulée « Quelle conception de la qualité de vie et du bien-être chez les enfants de 5 à 11 ans ? ». Les résultats de cette recherche nous ont permis de définir précisément les éléments qui comptent pour eux. Grâce à des questions simples - Quand te sens-tu bien ? Quand es-tu heureux ou au contraire malheureux ? -, nous avons pu constater que dès 5 ans, les enfants ont énormément de choses à dire sur le sujet. A cet âge, ce qui compte beaucoup est lié à la famille - aux relations avec les frères et sœurs, à l’autorité - et à l’école : rapports et conflits avec les autres enfants, peur de se tromper en classe ou d’avoir de mauvaises notes, relations avec l’enseignant, etc.

 

Les critères pris en compte pour mesurer la qualité de vie ont-ils évolué au fil du temps ?

Oui. Dans les années 70, les chercheurs avaient une vision très objective de cette notion. Ils s’intéressaient essentiellement à des éléments concrets, facilement mesurables et quantifiables comme les revenus ou l’état de santé des individus. Aujourd’hui, on considère que la qualité de vie est une notion très subjective. Les recherches montrent par exemple que qualité de vie et revenus sont assez peu liés : on peut avoir beaucoup d’argent mais ne pas être satisfait de sa situation. On sait en revanche que la personnalité, le tempérament, les prédispositions à ressentir des émotions plus positives que négatives… bref le caractère intrinsèque des individus, leur façon d’aborder la vie explique en grande partie la qualité de vie perçue. Des études ont été réalisées sur des jumeaux élevés séparément dans des environnements complètement différents. Elles ont montré que, dans ce cas, les jumeaux avaient tendance à évaluer de la même manière leur qualité de vie. Il existerait donc une sorte de « prédisposition au bonheur ».

 
Il existerait une sorte de « prédisposition au bonheur »
 

 

Quelles applications ont les recherches en psychologie sur la qualité de vie ?

Avec l’une de nos doctorantes, Charlotte Coudronnière, nous avons développé un questionnaire destiné à évaluer la qualité de vie d’enfants très jeunes, dès l’âge de 5 ans, et d’enfants présentant une déficience intellectuelle. On a pu montrer grâce à cet outil que le contexte de scolarisation joue un rôle important dans leur qualité de vie. Les enfants déficients accueillis dans les établissements ordinaires se sentent moins bien que ceux présents dans des établissements spécialisés. Dans les instituts médico-éducatifs (IME), l’enseignement est plus individualisé et mieux adapté. En milieu ordinaire, ces enfants doivent en outre aller chez l’orthophoniste et le psychomotricien, rendez-vous qui ont souvent lieu sur leur temps de classe. Tout cela peut constituer une sorte de surmenage qui a des conséquences évidentes sur la qualité de vie de ces enfants. A cela s’ajoute la stigmatisation sociale. Ces enfants sont rapidement « repérés » par les autres élèves et considérés comme étant des élèves à part. La solution n’est évidemment pas d’accueillir tous ces enfants en établissement spécialisé. Ce serait totalement à contre-courant des recommandations internationales et de ce qui se pratique actuellement. Il faut simplement essayer de faire évoluer les pratiques en milieu scolaire ordinaire pour tenir compte de ces conclusions. Nous travaillons par ailleurs avec des enfants placés en famille d’accueil qui font l’objet d’une mesure de protection de l’enfance, et avec des enfants dont les parents sont séparés, l’objectif de ces études étant bien sûr d’améliorer la qualité de vie de chacun.

 

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Quelle conception de la qualité de vie et du bien-être chez des enfants de 5 à 11 ans ? Charlotte Coudronnière, Fabien Bacro, Philippe Guimard et Agnès Florin

 

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