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Le secret de la ville où il fait bon vivre : répondre aux besoins des habitants

En 2050, les villes du monde accueilleront 2,5 milliards d’habitants supplémentaires selon les projections de l’Organisation des Nations Unies. Face à cette évolution démographique, comment concevoir la ville de demain pour qu’elle soit favorable au bien-être des citadins ?

Avec son parc de 16 hectares au bord du Chézine, le quartier des Dervallières à Nantes dispose d’un environnement végétal de qualité récemment aménagé en concertation avec les habitants. © photo : Roberto Giangrande, Nantes métropole aménagement

« Aujourd’hui, 54% de la population mondiale vit dans les zones urbaines, une proportion qui devrait passer à 66% en 2050 » indiquait le service des populations du Département des affaires économiques et sociales de l’ONU dans l’édition 2014 de son rapport sur les perspectives de l’urbanisation. Dans une trentaine d’années 2,5 milliards personnes supplémentaires vivront en ville. Cette croissance de la population urbaine interroge chercheurs, urbanistes, architectes et designers : quelle sera la ville de demain ? Comment celle-ci doit-elle évoluer pour que nous y sentions tous – enfants, étudiants, actifs, retraités - bien ?

 

« Les habitants ont des pratiques qu’il faut connaître et prendre en compte »

 

Pour Florent Orsoni, directeur du Design Lab Ville durable, un lieu créé par l’Ecole de design Nantes Atlantique, la ville de demain, celle où il fait bon vivre, se fera avec les citoyens. « Le bien-être dans la ville ne se décrète pas : les habitants ont déjà des pratiques qu’il faut connaître et prendre en compte » assure le designer urbain. Créer des places, jardins, bancs ou luminaires simplement pour créer ne sert à rien, « il faut répondre aux besoins et demandes des habitants. On doit donc les impliquer dans nos projets » explique Florent Orsoni. Pour ce faire, le chercheur préconise la méthodologie du Living lab, une démarche où le citoyen est associé à toutes les étapes du processus de création. « Cela implique par exemple de réaliser des consultations représentatives avant de commencer à concevoir une place. Le but étant de recueillir les avis de tous: valides et non-valides, retraités et actifs… On utilise également des outils de co-conception, comme des jeux de plateaux ou de rôle, pour voir comment les futurs usagers réagissent à nos idées et entendre les leurs. » Et la démarche ne se limite pas à une implication citoyenne avant et pendant la conception. Elle intègre également l’évaluation en situation des usages. « L’objectif est de savoir si le projet urbain fonctionne, indique le directeur du Design Lab Ville durable. Mais, il faut souvent des ajustements. C’est pour cela qu’il est important de créer des projets plastiques, c’est-à-dire composés de produits amovibles, tels que des bancs qui ne sont pas « cloués » au sol, que l’on peut adapter au fur et à mesure selon les usages et besoins. »

 

Entendre les besoins des habitants et y répondre pour créer une ville plus favorable au bien-être des citadins ? L’avis est également partagé par Marjorie Musy. La chercheuse en génie civile au centre de recherche nantais architectures urbanités (CRENAU) a notamment étudié l’impact du végétal sur la ville. Pour elle, la ville de demain doit être verte, certes, mais avant tout avec « une bonne composition des différents systèmes vivants : les arbres d’alignement, haies, toitures et façades végétales, parcs et autres jardins individuels ou partagés doivent être au bon endroit et dédiés aux pratiques et besoins des habitants. » Par exemple, les toitures et façades végétales apportent un confort thermique en isolant mieux les bâtiments, les jardins collectifs permettent de produire sa propre nourriture et les parcs publics de jouer, se promener ou pique-niquer… Mais le végétal a d’autres atouts. « Même si ça reste subjectif, on se sent globalement mieux dans un quartier vert, assure Marjorie Musy. Le végétal peut même, sous la forme de jardins thérapeutiques notamment, réussir à réduire le stress et lutter contre la dépression. » Un autre de ses bénéfices est de limiter la température. Les villes créent en effet des îlots de chaleur urbains, des secteurs urbanisés où la température est plus élevée que les secteurs environnants  « Les plantes et principalement les arbres, en évaporant l’eau qu’ils puisent et avec leur ombre, créent une véritable fraicheur. » Plus original mais tout aussi concret, les végétaux influencent notre perception de la densité urbaine, c'est-à-dire le nombre d’habitants km². En France, 37,8 millions d’habitants (60 % de la population française) résident au cœur des grandes villes1 soit plus de 800 habitants par km² ! « Plus la ville est dense, plus elle peut être perçue comme oppressante, indique Marjorie Musy. Les plantes englobent la vue des habitants et réduisent cette sensation. »

 

1Chiffres 2010 de l’Insee

 

Kogito.fr

 

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