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Rob’Autisme : quand les robots viennent en aide à de jeunes autistes

Apprendre à des adolescents autistes à programmer des robots afin de les aider à communiquer avec les autres. Voilà le principe de Rob’Autisme, un programme d'accompagnement thérapeutique aux résultats… surprenants. 

Rob’Autisme est un programme d'accompagnement thérapeutique pour jeunes autistes. Le principe : utiliser des robots NAO comme prothèses de communication.  © Association « Robot ! »

Prendre la parole volontairement, attendre que l’autre ait fini sa phrase pour parler, regarder quelqu’un dans les yeux, faire preuve d’empathie, réussir à se concentrer pendant plusieurs dizaines de minutes… Autant d’actes très difficiles - voir impossibles - à réaliser pour des personnes atteintes de troubles du spectre autistique1. Pour Julien, Sidonie, Charles, Simon, Antoine et Michel2 ce n’est plus le cas depuis qu’ils ont participé à Rob’Autisme, un programme d'accompagnement thérapeutique pour jeunes autistes. « Les résultats ont été spectaculaires, cela a vraiment surpris toute l’équipe soignante » se réjouit Sophie Sakka, enseignant-chercheur en robotique à l’Ecole Centrale de Nantes. Initié en 2014 par l’association de la scientifique, « Robots ! »3, Rob’Autisme propose aux jeunes un véritable défi : concevoir et réaliser un spectacle entièrement joué par des robots NAO, un robot humanoïde de 58 centimètres créé en 2006. Pour y parvenir, les jeunes volontaires imaginent la mise en scène de l’histoire, réfléchissent aux décors, enregistrent leur voix puis programment les machines.

 

1 « Ni affection psychologique ni maladie psychiatrique, […] l’autisme est un trouble du développement de l’enfant […] caractérisé par un isolement, une perturbation des interactions sociales, des troubles du langage, de la communication non verbale et des activités stéréotypées avec restriction des intérêts. » Définition donnée par l’association Vaincre l’autisme.

2 Les prénoms ont été modifiés.

3 En partenariat avec l’association Stereolux et le centre psychiatrique de jour pour enfants et adolescents autistes (CPGEA) du CHU de Nantes et l'Ecole Centrale de Nantes.

 

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Avec Rob’Autisme 6 adolescents autistes apprennent à programmer des robots humanoïdes. © Association « Robot ! »

 

Leur temps de concentration s’est amélioré, ils ont fait preuve d’empathie, leurs crises d’angoisses ont diminué… 

Sophie Sakka se souvient parfaitement de la première séance. « Impossible de croiser leur regard quand je leur serrais la main et puis il y avait énormément de bruit : chacun essayait de parler plus fort que l’autre pour se faire entendre, personne ne s’écoutait. » Les jeunes réussissent à programmer le robot mais pour lui faire dire… des insultes. « Ils se sont libérés de tous les interdits accumulés. » Mais, dès la troisième séance les premiers changements de comportement arrivent. « Ils ont commencé à s’écouter, à ne plus s’interrompre, à avoir de vrais échanges même sans l’intermédiaire de NAO. » De session en session, d’autres progrès apparaissent : leur temps de concentration passe de 5 minutes à une heure, les jeunes font preuve d’empathie lorsque l’un d’entre eux est en difficulté, leurs crises d’angoisse diminuent…L’explication de ces progrès spectaculaires ? « Notre avis est que le robot a permis de construire les limites entre le Moi et le non-Moi qui n’existent pas chez les autistes. »

 

NAO une « prothèse de communication »

Rob’Autism n’est pas le seul programme à employer des robots comme outils thérapeutiques pour améliorer les compétences communicationnelles et relationnelles chez les adolescents autistes. Il est pourtant unique. Tous les autres projets utilisent NAO comme « robot-compagnon » alors que Rob’Autisme s’en sert comme « robot-extension ». « Avec le « robot-compagnon », NAO va solliciter le jeune autiste en lui posant des questions. Il lui demande par exemple de trouver un chien parmi trois images d’animaux, explique la chercheuse. Le « robot-extension » va lui agir comme une prothèse de communication. » Pourquoi ce choix ? « Comme c’est le robot qui parle, ils sont « cachés » derrière. Ils se sentent en sécurité et peuvent alors exprimer des choses qu'ils n'oseraient pas dire. Et puis le « robot-compagnon » pose problème » estime Sophie Sakka. « Quand NAO ne stimule plus l’enfant, celui-ci ne parle plus. Et le but n’est pas qu’il communique avec une machine mais avec d’autres personnes.»

 

Après deux années Julien, Sidonie, Charles, Simon, Antoine et Michel ont quitté les ateliers Rob’Autisme. Pour autant, le programme continue avec six nouveaux adolescents et Sophie Sakka, par l'association "Robots !", souhaite le diffuser le plus possible. « Il n’y a pas que les enfants du CHU de Nantes qui en ont besoin. » La chercheuse rédige donc un « guide à l’accompagnement thérapeutique à travers la programmation de robots NAO ». « Il s’agit d’un protocole qui détaille tout ce qu’il faut pour pouvoir reproduire Rob’Autisme : le matériel nécessaire, l’organisation et le contenu des séances, etc. » Parution envisagée en juillet 2017. 

Atelier Rob'autisme / extrait de la restitution (à Stereolux le 2 juillet 2015)fromstereolux on Vimeo.

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Infos complémentaires

Pour en apprendre plus : les résultats de Rob’Autisme ont fait l’objet d’un article scientifique (en anglais) publié à l’occasion de l’International Workshop on Medical and Service Robots (MESROB) de 2016.

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