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« Dans 10 ans, la prise de sang pourrait devenir un outil de diagnostic non-invasif du cancer du sein »

En comparant des cellules issues de tumeurs du cancer du sein avec des cellules saines, la chercheure en chimie analytique Illa Tea a constaté de très petites variations du nombre d’atomes de carbone 13 (13C) et d’azote 15 (15N). Cette découverte pourrait permettre de dépister le cancer du sein grâce à des prises de sang.

Cellule de cancer du sein vue par microscope électronique.  (c) Wikimedia

Les recherches d’Illa Tea ouvrent une perspective prometteuse : à l’avenir une simple prise de sang permettra aux médecins de dépister le cancer du sein, cancer le plus répandu chez la femme1. L’histoire débute en 2011, la chercheure en chimie analytique au CEISAM2 étudie des cellules issues de tumeurs du cancer du sein. En comparant leur composition chimique avec celle de tissus sains, elle remarque un nombre différent d’atomes de carbone 13 (13C) et d’azote 15 (15N), des isotopes – des atomes possédant un nombre différent de neutrons – du carbone et de l’azote présents naturellement dans le corps. « Dans les cellules cancéreuses il y avait plus de carbone 13 et moins d’azote 15 que ce que l’on trouve habituellement chez des personnes en bonne santé, détaille Illa Tea. Ces variations sont infimes, de l’ordre de 5 ‰ pour le carbone et de 9 ‰ pour l’azote, mais tout de même significatives. » Et cette différence pourrait être mesurable dans le plasma sanguin ! « D’ici 10 ans, la prise de sang pourrait ainsi devenir un outil de diagnostic du cancer du sein. Un outil non-invasif, c’est-à-dire sans opération chirurgicale à l’inverse de la biopsie3, et peu couteux, contrairement à la mammographie4 » se réjouit la scientifique.

 

« Le cancer bouleverse notre métabolisme et modifie notre composition chimique »

 

Pour comprendre pourquoi un tissu sain et un tissu cancéreux n’ont pas la même proportion d’atomes de carbone 13 et d’azote 15, il faut plonger à l’intérieur du corps humain. Celui-ci fonctionne grâce à une mécanique biochimique complexe et bien huilée que l’on nomme métabolisme. Il s’agit d’un ensemble de réactions chimiques qui nous permettent de nous maintenir en vie, de nous développer, etc. « Mais quand une maladie comme le cancer se déclare c’est tout notre métabolisme qui s’en trouve bouleversé avec pour conséquence une modification de notre composition chimique dont la teneur isotopique des atomes d’azote et de carbone » explique Illa Tea.

 

Pour mener ses recherches, Illa Tea est aidée par des scientifiques du Centre de recherche en cancérologie Nantes-Angers et de l’Australian National University spécialistes du métabolisme. Dans les mois à venir, ils analyseront 450 échantillons de tissus et de sang provenant de 150 patientes atteintes par quatre types différents de cancers du sein. « Notre objectif aujourd’hui est de déterminer précisément quelles réactions chimiques et quelles molécules sont responsables de ces différences isotopiques. C’est un travail de fourmis. » En parallèle, la scientifique nantaise commence à étudier d’autres cancers notamment du colon et des poumons dont les tissus présentent aussi un nombre d’atomes de carbone 13 et d’azote 15 différents de celui des tissus sains…

 

1 Environ 54 062 nouvelles personnes touchées chaque année. Source : La ligue contre le cancer.

2 Chimie Interdisciplinarité, synthèse, analyse, modélisation (CNRS / Université de Nantes)

3 Le prélèvement d’un fragment de tissu ou d’organe afin de l'analyser au microscope. 

4 Examen radiographique du sein.

 

Kogito.fr

 

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