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Innovation : cultiver des micro-algues sur les façades des bâtiments

Le projet SymBIO2 a pour objectif de réduire les consommations énergétiques et de produire des molécules d’intérêt grâce à des micro-algues disposées en façade des bâtiments. Il a été conçu par un consortium associant des architectes, des scientifiques, des ingénieurs, des constructeurs…

Le consortium SymBIO2 réalisera le premier bâtiment de France équipé de près de 900 m2 de biofaçades.

Imaginez un immeuble dont les façades seraient non seulement isolantes mais produiraient en plus des molécules pour la pharmacie, la cosmétique ou l’industrie alimentaire… Lauréat de l’appel à projets urbains « reinventer.paris », ce bâtiment s’élèvera bientôt dans le 13e arrondissement de la capitale. Son nom : AlgoHouse. Ses promoteurs : le consortium SymBIO2*. Principe : des biofaçades inventées par le cabinet XTU Architects. « Il s’agit de photobioréacteurs » précise François Le Borgne, ingénieur de recherche au sein de la société AlgoSource Technologies. Ces doubles ou triples vitrages contiennent une fine lame d’eau « 4 centimètres dans les projets actuels ». A l’intérieur se développent des micro-algues, des organismes microscopiques vivant généralement dans les eaux douces, saumâtres ou salées. Il en existerait plus d’un million d’espèces. Certaines, à l’instar de la spiruline, produisent des molécules intéressantes pour la santé ou la nutrition humaine ou animale.

 

En 2015, lors de la COP21, le consortium SymBIO2 a exposé ce pavillon AlgoNOMAD sur le parvis de l’Hôtel de ville à Paris. Il montrait au grand public un futur urbain « bio-inspiré » avec quatre photobioréacteurs et plusieurs exemples d’applications utilisant les micro-algues au stade du laboratoire ou de l’innovation industrielle. ©XTU-Paul Desmazières

En 2015, lors de la COP21, le consortium SymBIO2 a exposé ce pavillon AlgoNOMAD sur le parvis de l’Hôtel de ville à Paris. Il montrait au grand public un futur urbain « bio-inspiré » avec quatre photobioréacteurs et plusieurs exemples d’applications utilisant les micro-algues au stade du laboratoire ou de l’innovation industrielle. © XTU - Paul Desmazières

 

La première ambition de ce projet de biofaçades est de réduire les déperditions thermiques des bâtiments en hiver « grâce à la biofaçade thermo-régulée (boucle d’échange) et la présence d’une coursive fermée en hiver. Ainsi, le gradient de température entre l’intérieur du bâtiment et l’extérieur est beaucoup moins élevé. » En été, les façades jouent le rôle de pare-soleil. Bilan : « 50% de réduction des consommations énergétiques pour le chauffage et le refroidissement. » Sans compter que les promoteurs de ce projet entendent aller encore plus loin. L’idée est en particulier de récupérer le gaz carbonique qui sera émis par les futures chaudières pour alimenter la croissance des micro-algues.

 

Le schéma de la production algale dans le projet SymBIO2. ©XTU

Le schéma de la production algale dans le projet SymBIO2. © XTU

 

L’autre objectif – tout aussi important - est de créer une nouvelle économie en ville. « Les façades des immeubles sont aujourd’hui des surfaces non fertiles, elles offrent donc un potentiel solaire inexploité pour faire de l’agriculture verticale » rappelle François Le Borgne. Cette technologie avec des photobioréacteurs offre une capacité de production de micro-algues « bien supérieure » aux bassins ouverts généralement utilisés pour les cultiver. Les micro-organismes qui se développeront dans ces serres verticales en double vitrage permettront de produire de la biomasse algale dont on extraira des colorants, des compléments alimentaires… bref des « molécules à haute valeur ajoutée ».

 

Une première biofaçade semi-industrielle de 200 m² s’élève sur la commune de Champs-sur-Marne. Elle est installée sur une façade du Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB). ©XTU

Une première biofaçade semi-industrielle de 200 m² s’élève sur la commune de Champs-sur-Marne. Elle est installée sur une façade du Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB). © XTU

 

Le consortium étudie ainsi la possibilité de faire croître des algues appelées Haematococcus pluvialis. Elles produisent de l’astaxanthine. Cet antioxydant est notamment utilisé en aquaculture pour colorer le saumon fumée. « Mais aujourd’hui, une grosse partie de la production mondiale de ce colorant est synthétique, assure l’ingénieur de recherche. Le projet de biofaçades serait alors rentable. » En attendant la livraison de l’immeuble parisien en 2020, le consortium a construit une première biofaçade. Ce pilote de 200 m² s’élève à Champs-sur-Marne sur le site du Centre Scientifique et Technique du Bâtiment (CSTB) et il fonctionne !

*Le consortium SymBIO2 associe le cabinet X-TU Architects (inventeur et coordonnateur), l’entreprise Séché Environnement, l’entreprise AlgoSource Technologies, le constructeur Viry, le laboratoire de l’Université de Nantes GEPEA, le bureau d’études OASIIS et l’entreprise de génie climatique Kalitec. Le projet a obtenu 1,7 million d’euros d’aide dans le cadre du 15e appel à projets du Fonds Unique Interministériel.

 

Kogito.fr

 

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