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Mieux comprendre l’agressivité du cancer du cerveau

A Nantes, une équipe a découvert la façon dont les cellules cancéreuses communiquent avec les vaisseaux sanguins. Ces travaux de recherche fondamentale permettent de mieux comprendre l’un des cancers du cerveau les plus fréquents : le glioblastome. Les explications de Julie Gavard du Centre de Recherche et Immunologie en Cancérologie Nantes-Angers.

Leurs travaux permettent d’expliquer l’agressivité de certains cancers du cerveau. Directrice de recherche au CNRS, Julie Gavard dirige l’équipe « Signalisation dans l’Oncogenèse, l’Angiogenèse et la Perméabilité » du Centre de Recherche en Cancérologie et Immunologie Nantes-Angers (CRCINA). Constituée d’une dizaine de jeunes chercheurs, cette équipe s’intéresse aux mécanismes qui permettent aux cellules tumorales d’interagir avec leur environnement et en particulier avec les vaisseaux sanguins. Ils travaillent ainsi sur un cancer cérébral appelé glioblastome. « C’est la tumeur cérébrale la plus fréquente chez les adultes, précise la scientifique. Elle touche environ 2 000 patients en France chaque année. Mais son pronostic est très mauvais. Deux ans après le diagnostic, 95% des personnes touchées sont déjà décédées. » Au sein de ces tumeurs, les scientifiques du CRCINA étudient un type de cellules cancéreuses très particulier : les glioblastoma stem like cells (GSC). « Ce sont des cellules tumorales qu’on va dire souches. Elles prolifèrent peu et sont relativement peu présentes mais ce sont elles qui – par des mécanismes que l’on connait encore mal –déclenchent la formation de la tumeur mais aussi être à l’origine de son retour après les traitements. »

 

Secrétées par certaines cellules cancéreuses, ces vésicules permettent à la tumeur d’interagir avec son environnement.

Secrétées par certaines cellules cancéreuses, ces vésicules permettent à la tumeur d’interagir avec son environnement. © Julie Gavard

 

Les cellules cancéreuses agissent sur le développement des vaisseaux sanguins

L’équipe de Julie Gavard a ainsi montré que ces cellules souches tumorales secrètent de petits sacs, des vésicules extracellulaires. Elles permettent aux GSC d’envoyer des signaux, des messages, à leur environnement proche. Ces sacs comportent en effet une protéine, la sémaphorine 3A (Sema3A), qui va induire des modifications importantes des vaisseaux sanguins se trouvant à proximité de la tumeur. « La sémaphorine 3A est responsable de la modification des vaisseaux sanguins, de leur perte d’étanchéité, de la formation d’œdèmes et de l’inflammation des tumeurs. » Ces modifications des cellules vasculaires expliqueraient l’agressivité de ce cancer du cerveau : le sang fournit en effet l’oxygène et les nutriments qui permettent aux cellules cancéreuses de croître et de se multiplier. Aujourd’hui les chercheurs poursuivent leurs études de ces sacs. Ils aimeraient ainsi savoir si leur nombre ainsi que la quantité de sémaphorine 3A produite sont modifiés au cours du traitement. Ces travaux de recherche fondamentale pourraient avoir un intérêt clinique : « On imagine en effet suivre la progression de la tumeur et la réponse du patient au traitement par une simple prise de sang puisque l’on retrouve ces sacs dans le sang. »

Une équipe installée à Nantes depuis 2015

Ces résultats de recherche sont le fruit de l’appel à projets international Connect Talent. Lancé en 2013 par la Région des Pays de la Loire et ses partenaires, il s’adressait à des leaders scientifiques souhaitant « impulser une nouvelle thématique de recherche ou accélérer le développement d’une thématique existante ». Connect Talent a – entre autres – convaincu Julie Gavard et cinq de ses collaborateurs de quitter l’institut Cochin à Paris pour s’installer à Nantes au sein du CRCINA. « C’était important pour nous de se retrouver dans un environnement où beaucoup de gens travaillent sur le glioblastome. » Depuis son arrivée en 2015, l’équipe s’est renforcée : « On arrive à attirer des étrangers : une étudiante américaine vient de nous rejoindre. Elle a été précédée par un médecin argentin, une chercheuse australienne, des scientifiques espagnols… »

Kogito.fr

 

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