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MOOC, effet de mode massif ?

La révolution pédagogique

Actualité scientifique
L'évolution des pratiques actuelles de l’enseignement pourrait passer par les MOOC. © AndreyPopov

Les Massive Online Open Courses (MOOC), ces cours qui s’adressent aux apprenants via le web, ont fait leur apparition en France. Pour longtemps ?

Comme souvent dans le domaine du web, l’innovation vient des Etats-Unis. Surtout, ne pas se fier à l’acronyme anglosaxon, MOOC (en Français, cours en ligne massifs et ouverts), qui sonne un peu comme le verbe "moquer". MOOC se dit "mouque" mais cela n’a rien d’une blague ! Dans le monde de l’enseignement, ils sont peut-être là pour rester. L’idée est toute simple : un enseignant est filmé en train de donner un cours. Une fois la vidéo mise en ligne, des milliers d’apprenants préalablement inscrits suivent le cours. Pour faire un point, une journée des MOOC était organisée fin janvier à l’Université de Nantes1.
"L’idée des MOOC est de déconnecter la génération de la ressource et l’usage qui en est fait par l’apprenant", analyse Jean-Yves Roux, enseignant au département sciences de l’éducation à l’UFR de lettres de l’Université de Nantes. Il est spécialiste de l’utilisation des outils numériques et enseigne aux étudiants leurs usages dans le cadre de leur formation. "Chacun se connecte au MOOC comme bon lui semble, à n’importe quel moment", explique Jean-Yves Roux, qui s’est d’ailleurs récemment inscrit lui-même en tant qu’apprenant à un MOOC pour tenter l’expérience.
 
160 000
 
Les MOOC sont apparus dans les universités américaines en 2008. Le premier MOOC réellement "massif" a été initié par l’université de Stanford en 2011. Près de 160 000 étudiants y auraient participé... Un peu comme si l’équivalent du public de deux stades de France assistait au même cours... L’engouement pour cette forme de transmission du savoir a depuis le vent en poupe. Un peu partout dans le monde, les universités mettent en place des cours en ligne. A Nantes, l’école centrale a participé au premier MOOC francophone en octobre 2012. 
Avec ce succès foudroyant, viennent les premières questions. D’un point de vue pédagogique, que valent les MOOC ? "Je reste très prudent, avoue Jean-Yves Roux. Il s’agit d’abord d’un outil supplémentaire. Mais il y aura toujours besoin d’un médiateur entre le savoir et l’apprenant. Il y a une tentation de rationalisation et d’économie qui est évidente derrière le projet des MOOC. Mais je pense que la médiation humaine, en face à face ou en ligne, reste indispensable.”
 
"Evaluer"
 
Mais ne peut-on pas arguer que les MOOC permettent de rendre accessible à certaines personnes des ressources habituellement hors d’atteinte, pour des raisons géographiques notamment ? "C’est vrai, concède Jean-Yves Roux, et c’est une de leurs grandes vertus. Mais comment évaluer cet apport de connaissances ? Prenons un exemple : quand un apprenant assiste à un cours classique en amphi, il peut avoir le sentiment de comprendre. Il faudra qu’il puisse échanger avec des pairs ou des enseignants pour se rendre compte qu’il a en fait mal assimilé le contenu. Il aura alors la possibilité de rectifier le tir. Si vous suivez un MOOC, même seul devant votre ordinateur, l’échange reste indispensable pour assimiler."
 
Pour pallier ce problème, certains MOOC mettent en place des forums d’échanges avec des médiateurs qui gèrent les discussions dans un souci d’apprentissage. Mais comment gérer des forums qui impliquent des dizaines de milliers d’apprenants ? La faculté d’Edimbourg en Ecosse a lancé un MOOC qui s’est terminé au printemps 2013. Un des évènements marquant a justement été cette prise en charge de certains apprenants, mais cette fois par des pairs via les réseaux sociaux, pour se motiver, échanger etc. Malgré tout, les chiffres montrent un décalage : sur les 308 000 cyber-élèves ayant participé au MOOC, seuls 37 000 ont passé avec succès l’ensemble des évaluations.
L.S.
 
1La Journée des MOOC était conjointement organisée par les facultés de Nantes et du Maine, l’Ecole Centrale et l’Ecole des Mines.

Informations complémentaires

  • Le site web Mooc Francophone propose d’informer les visiteurs des cours disponibles.

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