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La nature n’existe pas !

L'Occident face à son environnement

Actualité scientifique
L'Occident face à la nature, de Sylvine Pickel Chevalier. Editions Le Cavalier Bleu.

La publication d’un ouvrage sur la relation de l’homme à son milieu rappelle à quel point celle-ci est influencée par la culture.

Sylvine Pickel Chevalier, enseignante-chercheuse en Géographie à l’Université d’Angers (laboratoire Espace et SOciété, ESO), vient de publier un ouvrage qui croise les regards sur notre relation à notre environnement : “L’Occident face à la nature”. En mettant en avant la science, la philosophie et les arts, elle enrichit une approche qui le plus souvent, est envisagée de manière séparée par chaque champ de la connaissance.

Culture Sciences : Le titre du livre, “L’Occident face à la nature”, sous-entend-il que la civilisation occidentale met la nature à distance ?
Sylvine Pickel Chevalier : Le terme “face” est utilisé pour montrer l’ambigüité de notre relation à la nature. J’ai croisé un professeur de géographie lorsque j’ai commencé mes études qui nous disait sur un ton provoquant : “La nature n’existe pas !” Ce qui signifie qu’elle est une interprétation évolutive de l’environnement, une construction sociale. Est-ce que l’Homme fait partie de la nature ? Si non, l’Homme n’est-il pas naturel alors ? Ces questions remontent à l’Antiquité. Les sciences sont même apparues autour de cette question du positionnement de l’Homme par rapport à la nature.

Pouvez-vous préciser cette notion de construction sociale ?
C’est la société qui construit une image. La nature n’est pas une entité matérielle immuable. Elle est une projection sociale et une interprétation du milieu. L’environnement dans lequel nous vivons a une matérialité physique. Mais l’idée même de nature en est une interprétation qui change en fonction des époques et des cultures.

Vous voulez dire que la vision occidentale n’est pas unique ?
Bien sûr que non ! Je travaille en ce moment en Indonésie, plus précisément sur l’île de Bali, qui est de culture hindou alors que le reste du pays est majoritairement de culture musulmane. A Bali, l’approche spirituelle prédomine sur l’approche matérielle. Par exemple, les arbres sacrés sont honorés d’offrandes déposées à leurs pieds… emballées dans des sacs en plastique. Cela ne choque personne. Autre exemple : ils ne dissocient pas la nature dite “sauvage” d’un environnement domestiqué ou agricole. Chacun est façonné par sa propre culture.

Malgré ces différences culturelles, retrouve-t-on des schémas communs ?
Ce qui est universel, c’est qu’il faut d’abord avoir le ventre plein et ne plus avoir peur de son environnement pour s’intéresser à sa préservation ! La relation vivrière d’une population à son milieu est difficile à dépasser. Dans un village indien, un tigre représente un danger quotidien. Pour une ONG, il faut le protéger et le conserver.

Dans le livre, vous mettez en avant trois champs de la connaissance : la science, la philosophie et les arts.
Oui, un des objectifs de l’ouvrage était de croiser plusieurs approches. Le plus souvent, chacun à tendance à se spécialiser dans son propre domaine. Mais si on remonte le fil de l’histoire, sciences et philosophie s’influencent réciproquement, et leur conception de la nature se cristallise dans les arts. C’est là que l’on peut prendre aussi la mesure des perceptions de la nature. Par exemple au début du Moyen Age, seul compte le divin. Dans la peinture, ne sont représentées que les scènes religieuses, où la nature n’apparaît pas (le décor est occupé par un fond doré). Saint-Thomas d’Aquin bouleverse cette conception au XIIIème siècle, en arguant que si la nature n’est pas d’inspiration divine, elle est créée par Dieu et mérite donc que l’on s’y intéresse. On commence alors à voir apparaître dans les peintures de Giotto par exemple, des éléments de la nature, comme des arbres (symbole de l’arbre de vie). C’est la première étape vers l’invention du paysage, qui aura lieu à la Renaissance.

Quel regard portent sur cette question les étudiants qui viennent suivre vos cours ?
Ils arrivent avec cette idée que la modernité détruit la nature. Or, le tourisme est un outil essentiel pour la préserver. C’est un concept qu’ils découvrent progressivement. La mondialisation du tourisme et des loisirs fait évoluer les regards sur la nature. Les idées évoluent en permanence. Jusqu’au XVIIème siècle, la mer n’était pas considérée comme quelque chose de beau à contempler...

Propos recueillis par L.Salters

Informations complémentaires

Vous pouvez vous procurer le livre "L'Occident face à la nature : A la confluence des sciences, de la philosophie et des arts" sur le site de l'éditeur Le Cavalier Bleu ou sur Amazon.

Fête de la Nature, du 21 au 25 mai.

La région des Pays de la Loire participe à la Fête de la nature, qui se déroulera du 21 au 25 mai 2014.
Pendant 5 jours, de nombreuses manifestations gratuites seront organisées dans la région des Pays de la Loire par les associations de conservation et d’éducation à la nature, les collectivités locales, les établissements scolaires, les entreprises, les particuliers… L'objectif : être au contact direct de la nature, pour la découvrir ou la re découvrir.

Pour cette édition, herbes folles, jeunes pousses et vieilles branches font la fête : Découvrez le programme des manifestations en Pays de la Loire.

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