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Un cerveau de chat dans le ventre !

Michel Neunlist, a participé au documentaire “Le ventre, notre second cerveau”

Actualité scientifique
Le système nerveux entérique © B. Lardeux - Imad/Inserm

Michel Neunlist, directeur de recherche à l’Institut des Maladies de l’Appareil Digestif (IMAD) du CHU de Nantes, a participé à un documentaire sur notre tube digestif.

Notre cerveau comporte des milliards de neurones. Grâce à eux, nous réfléchissons, pensons, calculons, ressentons. Bref, nous vivons. Mais les neurones se logent aussi ailleurs dans notre corps : notre tube digestif en contient 200 millions, l’équivalent du cerveau d’un petit animal de compagnie, chat ou chien. Ce sont ces neurones que l’on appelle 2ème cerveau. Bientôt diffusé sur Arte, le documentaire “Le ventre, notre second cerveau”, nous plonge dans les mystères de notre ventre. Le scientifique Michel Neunlist, directeur de recherche à l’Inserm, a été le conseiller scientifique du film et a suivi de près sa réalisation.

Culture Sciences : Comment s’est déroulée votre collaboration avec l’équipe de production ?

Michel Neunlist : Nous avons travaillé en étroite collaboration avec la production, dès la conception du film. La réalisatrice Cécile Denjean validait avec nous ses idées. Nous avons aussi participé à l’écriture de l’histoire et notamment suggéré des intervenants. En tant que chercheurs, diffuser le savoir que nous produisons fait partie de notre mission sociétale. Le film est centré sur le tube digestif, notre 2ème cerveau, et sa place essentielle dans notre vie et dans notre bien-être. Il joue aussi un rôle clef de plus en plus reconnu dans de nombreuses pathologies chroniques.

Culture Sciences : C’est-à-dire ?

Michel Neunlist : Notre tube digestif contient probablement le premier système nerveux de l’Evolution, présent chez les tout premiers organismes pluricellulaires qui ne faisaient que se nourrir ! Néanmoins se nourrir fait appel à la mise en jeu de fonctions extrêmement diverses nécessitant une régulation par un système nerveux complexe. Si notre cerveau s’en occupait, il y passerait tout son temps ! Donc, le tube digestif a gardé son propre cerveau. Si on étalait la totalité de la « peau » qui tapisse notre tube digestif, on pourrait recouvrir un terrain de tennis. Elle nous  permet de mieux absorber les aliments. Mais nous expose en même temps à notre environnement extérieur, qui peut être toxique. Notamment à cause de certaines bactéries, virus ou composés chimiques. 

Culture Sciences : C’est cette exposition qui est aussi à l’origine des maladies chroniques ?

Michel Neunist : En partie, oui. Avec l’association probable d’une composante génétique. Notre environnement a profondément changé. La mauvaise alimentation, les polluants chimiques (perturbateurs endocriniens - NDLR) font partie des facteurs déclenchant pressentis pour de nombreuses maladies chroniques comme l’obésité, les maladies inflammatoires digestives de l'intestin ou les cancers. Néanmoins, nous pouvons développer des approches préventives dans ces maladies, et cela passe par notre tube digestif. C'est l’un des messages importants de ce documentaire. Il n’y a pas de fatalité. Nos comportements peuvent influencer notre santé. Je regrette simplement que le film passe aussi tard en soirée alors qu’il s'adresse à un très large public.

Propos recueillis par Laurent Salters

“Le ventre, notre deuxième cerveau”, est diffusé sur Arte, le vendredi 31 janvier à 22h20.

* Michel Neunlist est directeur de recherche à l’Unité Inserm de Neurogastroentérologie de l’Institut des Maladies de l’Appareil Digestif (IMAD), CHU de Nantes.

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