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Une criminologie multidisciplinaire

Les experts s'établissent à Nantes

Actualité scientifique
Des juristes, sociologues et médecins nantais ont créé un institut pluridisciplinaire en criminologie ; une première en France. © Marina Bartel

L'université de Nantes se dote d'un institut unique dans le domaine pour faire avancer la recherche.

L'image d'Epinal qui vient aujourd’hui à l'esprit lorsqu'on évoque la criminologie, c'est celle de la série américaine "Les experts". Habillés à la mode, sans combinaison de protection, affichant un sens certain du relâchement derrière des lunettes de soleil, les héros remontent la piste de criminels en analysant des scènes de crimes. C'est glamour, mais très loin de la réalité qui elle, est beaucoup plus complexe ! La criminologie convoque en fait des champs aussi divers que la sociologie, le droit ou la médecine. Mais dans la pratique, le sociologue parle peu au juriste ou au médecin et vice versa. "Pour cerner le phénomène criminel et la réaction sociale qu'il implique, l'approche pluridisciplinaire est très peu développée en France, commente Jean Danet, enseignant chercheur en droit privé à l'Université de Nantes et initiateur du tout nouveau Institut Universitaire Nantais de Criminologie (UNIC). Il y a une crispation entre les disciplines. Très peu de gens croisent leurs approches."
 
La création de cet institut pluridisciplinaire représente donc une première et doit permettre à long terme de faire évoluer la discipline. "En France, la situation est bloquée, analyse Jean Danet. Il existe des instituts de sciences criminelles, mais qui sont intégrés à des facultés de droit. A Nantes, l'Institut sera adossé à l’université où toutes les disciplines sont représentées. Ici, nous sommes plusieurs à penser que la criminologie est davantage un champ à explorer qu'une science en tant que telle."
 
Signe que le projet était mûr, l'Institut a vu le jour en décembre dernier. A peine plus de six mois après que l'idée a été suggérée au sein de l'Université. "Nous sortions d'une grande étude (La réponse pénale - NDLR) financée par l'Agence Nationale de la Recherche (ANR) qui avait déjà convoqué plusieurs disciplines", souligne Jean Danet.
Concrètement, l'Institut n'aura pas de murs mais consistera en une mutualisation de réseaux. Jean Danet : "C'est un dispositif intellectuel qui doit faciliter la circulation de l'information et des compétences. Il favorise pour certains l’accès au terrain, notamment pour les sociologues, grâce aux liens avec les juristes ou les médecins. Du côté des compétences, juristes et médecins ne sauraient se passer des sociologues pour penser et monter des questionnaires importants comme ce fut le cas pour « la réponse pénale ».
 
A long terme, l'autre aspect qui motive la création de l'Institut est l'enseignement. "Nous avons besoin de recherche, mais il faut aussi former les gens", rappelle Jean Danet. Par rapport à d'autres pays comme la Belgique, la France a un gros retard à combler aussi dans ce domaine. La récente réforme pénale initiée par la ministre Christiane Taubira pourrait en être l'illustration. "Il va falloir former des conseillers d'insertion et de probation avec des compétences plus étendues", analyse Jean Danet. Les perspectives ne manquent donc pas.
L.S.

Informations complémentaires

  • Le site de la faculté de droit et des sciences politiques de l'Université de Nantes

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