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Le virus de la rougeole contre le cancer

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Culture de cellules cancéreuses
Culture de cellules cancéreuses par Dr. Cecil Fox/CC-BY

Une équipe de recherche nantaise, en collaboration avec l’Institut Pasteur, vient de mettre au point une méthode de traitement contre le cancer de la plèvre.

Nous sommes en 2073. En ce lundi ensoleillé, après une série de tests effectués rapidement dans son mini-labo, votre médecin vous annonce que vous avez un cancer de la plèvre. Il vous prescrit une ordonnance et vous souhaite de bonnes vacances. Tranquillement, vous allez chez le pharmacien qui vous fournit un vaccin anti-rougeole à injecter. D’ici quelques jours, le cancer ne sera plus qu’un mauvais souvenir.

Exagéré ? Pas tant que ça si l’on regarde les résultats de l’équipe de Marc Grégoire, directeur de recherche à l’INSERM (1), à Nantes. “Il ne faut pas croire que ça marchera avec tout le monde, temporise d’emblée le chercheur. Mais sur certains cancers agressifs, cette méthode permettra à terme d’améliorer l’efficacité thérapeutique. Pour l’instant, ça marche dans nos tubes à essais et sur les animaux, mais nous restons prudents.

De quelle méthode s’agit-il ? C’est un peu comme si les chercheurs avaient mis au point un cheval de Troie pour piéger les cellules cancéreuses. Le cancer de la plèvre - une double poche très fine qui entoure les poumons - est fatal dans presque tous les cas. Le plus souvent, les malades développant la maladie ont été exposés par le passé à de minuscules particules d’amiante qu’ils ont respirées. Ce matériau, jadis très utilisé, est désormais interdit en France. Pour cibler les cellules cancéreuses de la plèvre, les chercheurs trompent en quelque sorte leur vigilance. Ils se servent du virus de la rougeole contenu dans le vaccin pour pénétrer dans les cellules. Une fois à l’intérieur, le virus se reproduit et tue la cellule hôte.

Infection des cellules mésothéliales de la plèvre par le virus vaccinal de la rougeole.

Maquillage

Dans le corps, il y a une sorte de sélection des cellules cancéreuses qui est à l’oeuvre, détaille Marc Grégoire. Celles qui restent, les plus agressives, ont développé des méthodes de maquillage en quelque sorte. Pour le système immunitaire, elles restent invisibles.” Elles agissent en exprimant une protéine : la CD 46. Celle-ci est assez peu présente dans notre organisme pour une bonne raison : elle empêche la réponse immunitaire déclenchée en permanence par notre corps pour contrer les agressions. Dans le cas du cancer de la plèvre, les cellules cancéreuses expriment justement cette protéine qui leur sert de camouflage. Mais la protéine CD 46 est justement la porte d’entrée qu’utilise le cheval de Troie des chercheurs : le virus de la rougeole. “Une fois à l’intérieur, il tue les cellules. Et là, elles expriment des signaux de danger. Le système immunitaire reconnaît alors ces signaux et met en marche des mécanismes qui tuent les cellules cancéreuses restantes. C’est comme s’il reconnaissait “le maquillage” que représentent les CD 46.” La méthode du vaccin permet donc de réactiver le système immunitaire.
A l’heure actuelle, il est beaucoup trop tôt pour parler de traitement à grande échelle. Mais des tests sur des patients ont déjà été tentés aux USA, à la clinique Mayo, à Phoenix, un centre de recherche de référence dans le domaine. “Sur l’un des deux patients traités, les résultats sont très encourageants”, confirme Marc Grégoire. Reste que ce traitement est curatif et en rien préventif. En clair, il soigne les manifestations de la maladie mais pas la cause.

L.Salters

Informations complémentaires

(1) Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale, équipe n°4, biologie des cellules dendritiques et applications thérapeutiques. Les travaux ont été conduits avec l’équipe de Frédéric Tangy, de l’Institut Pasteur.

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