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Paroles de chercheurs

Christine Bard

Christine Bard

Directrice de la Structure Fédérative de Recherche "Confluences", à Angers (lettres, langues, SHS, droit, économie)

Professeure en Histoire contemporaine à l’Université d’Angers. Elle est par ailleurs directrice de Confluences, structure fédérative de recherche en lettres, langues, sciences humaines, droit, économie et gestion de l’université d’Angers.

Quel résultat scientifique vous a le plus marquée ?
C’est difficile de répondre à une telle question car ce n’est pas un résultat en particulier, mais plutôt un élargissement progressif de nos curiosités. J’ai ressenti dans les vingt dernières années l’ouverture de l’histoire à de nouveaux objets de recherche qui autrefois n’étaient pas légitimes. L’histoire est aujourd’hui moins obsédée par la politique et le militaire, plus ouverte au social, au culturel, à la vie quotidienne ; elle est aussi moins centrée sur la France. J’ai bénéficié de cette ouverture en travaillant sur des sujets comme le féminisme, la sexualité, le vêtement… Tout désormais peut être un objet d’histoire. Les étudiants peuvent explorer des sujets tels que les représentations de la féminité dans la BD ou l’image du corps dans les années 1960 dans le magazine Salut les copains.
 
Quelle personne a le plus compté dans votre parcours ?
Michelle Perrot, grande historienne, pionnière de l’histoire des femmes mais aussi des prisons et du monde ouvrier. Elle a été ma directrice de thèse. Lorsque l’on est chercheuse ou chercheur, on est forcément marqué par la personne qui dirige notre travail de thèse. J’aime sa générosité, son sens de la liberté et du respect des autres, sa bienveillance à l’égard des plus jeunes, sa manière de transmettre ce qu’elle sait à un large public, l’élégance de son écriture et je me sens aussi proche des engagements qui sont les siens contre les discriminations. Nous sommes toujours en contact.
 
Qu’aimeriez-vous voir démontré ou compris ?
J’aimerais que le concept de genre (féminin / masculin) soit compris, accepté et qu’il échappe aux polémiques : je pense à la campagne de dénigrement menée depuis deux ans contre la « théorie du gender ». En sciences humaines, nous démontrons comment les sociétés nous fabriquent comme hommes, femmes, à partir de normes, de rôles sociaux, d’interdits (j’ai par exemple travaillé sur l’interdiction du pantalon pour les femmes). Les partisans d’un certain naturalisme, souvent lié à la religion, nous accusent de défendre une opinion. Mais le genre est une construction sociale. Simone de Beauvoir l’écrivait déjà, en 1949 : “On ne naît pas femme, on le devient”.
 
Qu’est-ce qui vous semble important et dont on ne parle jamais ?
Rendre visible. C’est une expression qui est souvent employée dans les études de genre ou bien les études sur les minorités sociales. Rendre visible celles et ceux qui sont rendus invisibles. Montrer les phénomènes de domination, mais aussi accorder autant d’importance aux phénomènes de résistance à l’oppression. La résistance est très souvent synonyme de création, d’inventivité, de changement social. Si on prend l’exemple des femmes, tout le monde s’accordera à trouver que leur condition s’est améliorée en France. Mais comment ? Grâce à quelles luttes notamment ? L’histoire de l’émancipation des femmes et des freins à cette émancipation est trop peu connue et enseignée au collège et au lycée.
 
Quels conseils donneriez-vous à un jeune étudiant ou étudiante souhaitant s’engager dans une carrière scientifique ?
Se laisser porter par sa passion. Car c’est une carrière exigeante, parfois aléatoire, où l’insertion est difficile et où la compétitivité est forte. Et porter dans la recherche une dimension citoyenne, d’engagement social. La dynamique de la recherche doit être reliée à des enjeux sociétaux. Il faut savoir trouver son autonomie mais savoir aussi garder un lien de réciprocité avec la société.
 
Quel livres emporteriez-vous sur une île déserte ?
Il me faudrait une connexion à internet. Je serais incapable de choisir un seul livre, vivant au milieu de centaines de livres chez moi. En choisir un... Ce serait impossible !
 
 
© Clara Toubeaux
  

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