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Paroles de chercheurs

Francisco Chinesta

Francisco Chinesta

Professeur de mécanique numérique et des procédés à l’Ecole Centrale de Nantes (Recherche en mécanique des matériaux)

Professeur de mécanique numérique pour les matériaux et les procédés à l’Ecole Centrale de Nantes, il est titulaire de la chaire ESI-ECN (créé en partenariat avec le groupe ESI) et membre de l’Institut Universitaire de France (IUF).

Quel résultat scientifique vous a le plus marqué ?
Le résultat scientifique que je juge majeur ne concerne pas tellement une découverte mais plutôt le cadre formel que l’esprit scientifique a du créer pour s’exprimer. C’est un langage déductif, différent du langage descriptif que nous utilisons dans la vie courante. C’est le langage mathématique que les scientifiques ont crée et utilisé pour s’exprimer. C’est drôle de regarder le monde avec ce langage qui nous permet d’y déceler simplicité, beauté, logique, unité ! Le monde se déshabille devant nos yeux !
 
Quelle personne a le plus compté dans votre parcours ?
Quand j’étais petit, on m’a raconté une histoire vraie à propos d’une famille. La guerre civile espagnole venait d’éclater. Le père et la mère n’avaient pas de travail. Leur garçon était doué à l’école. Il s’est mis à échanger des leçons pour ses camarades contre de la nourriture. Cet enfant est devenu mon héro.  Ça a réveillé mon appétit pour apprendre. Par la suite, j’ai fait une thèse et je suis devenu ingénieur. Le jeune de l’histoire est en fait mon père... 
 
Qu’aimeriez-vous voir démontré ou compris ?
Il y a 500 ans, malgré la complexité apparente du monde, Galilée et Newton ont mis au point leurs descriptions simples de la mécanique. On s’est mis à prédire les orbites planétaires, les trajectoires des comètes. Aujourd’hui, dans l’ère de l’information, nous avons accès à tout ! Tout est imbriqué ! Comme si nous étions de nouveau cernés par une complexité irréductible ! Je suis convaincu que ce n’est pas le cas. Si on extrayait les bons descripteurs (comme le sont en mécanique classique la position et la vitesse), on pourrait tirer de nouvelles lois et prédire dans certaines limites, le fonctionnement d’une ville, d’un pays, ... par exemple. 
 
Qu’est-ce qui est important et dont on ne parle jamais ?
L’image que l’on donne de la science est parfois trop idéalisée. Nous sommes de plus en plus étouffés par une forme de libéralisme qui a envahi l’économie. Les chercheurs sont évalués par un système implacable. Combien d’articles publiés ? Combien de brevets ? Combien de conférences dans les congrès ? Combien de contrats avec leur montant en K€ ou M€, … ? C’est drôle, la science a inventé les mathématiques pour introduire du quantitatif dans la description du monde. Et à présent les scientifiques sont piégés par leur propre invention.
 
Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui souhaite s’orienter vers une carrière scientifique ?
Donner des conseils ? C’est trop de responsabilités. Ma mission, je la vois plus dans mon rôle d’enseignant. Notre devons transmettre nos connaissances, nos passions, nos motivations, notre fierté, nos enthousiasmes… Parfois les yeux de celui qui nous écoute s’illuminent, et on comprend qu’un nouveau scientifique vient de naître ! Souvent rien ne se passe… 
 
Quel livre emporteriez-vous sur une île déserte ?
J’ai lu trop de livres dans ma vie : scientifiques, littéraires. Mais je ne suis pas du genre à les relire. Non... Je ne prendrais pas de livre. J’emmènerais ma femme. Pour une fois, je pourrais profiter d’elle ! Aucun livre ne pourra m’offrir autant de plaisir et de bonne compagnie.
Propos recueillis par Laurent Salters

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