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Le bois, matériau high-tech pour l'habitat durable

En 2013, l'éléphant des Machines de l'île de Nantes ira-t-il saluer son nouveau voisin, le bâtiment B ? Reproduisant la forme d'une feuille ou d'une goutte d'eau, cette construction de 3 étages se veut une vitrine des constructions en bois de la région.

Pour preuve, en 2010, 13% des nouvelles maisons en Pays de la Loire étaient en bois, contre 8% à l'échelle nationale. Loin de ressembler à des chalets en gros rondins, 80% de ces nouvelles maisons sont aujourd'hui en ossature bois, c'est-à-dire faites d'un squelette intelligemment conçu en amont. Et à l'intérieur de ce ''sandwich en bois'' : l'isolant. Quant à l'extérieur, le bois n'est pas obligatoire. Cela peut être du crépis, des briques... Au choix, des futurs habitants !

Mais les préjugés ont la vie dure. Les chercheurs de l’École supérieure du bois de Nantes (ESB) y sont souvent confrontés. Pour Gildas Vaugrenard, ingénieur à – et de – l'ESB : « la maison en bois souffre du syndrome des 3 petits cochons : elle ne serait pas solide et brûle ». Qu'à ne cela tienne, elle a d'autres attraits à mettre en avant pour surmonter ces préjugés, « infondés ». Et notamment ses propriétés thermiques. « Comparé au béton, le bois est de 5 à 10 fois moins conducteur de chaleur. Résultat, pour une déperdition égale, les parois des maisons en bois sont bien plus minces » explique Gaël Simon, enseignant-chercheur à l'ESB. « Les performances thermiques des maisons en bois sont aussi une conséquence indirecte de leur conception. Pour assurer la pérennité de la structure, ils sont naturellement conçus comme étanche à l'air et à l'eau » ajoute Gildas Vaugrenard. Au final : une maison super calfeutrée qui garde bien la chaleur l'hiver et ne laisse pas rentrer l'air chaud l'été. Des atouts non négligeables en ces temps de changements climatiques, mais aussi de nouvelle réglementation thermique. A partir de janvier 2013, toutes les nouvelles constructions (habitations, bureaux, magasins, hangars...) devront être à ''basse consommation'' d'énergie, soit avec une consommation  inférieure à 50 kWh/m² par an. Il faut dire que le bâtiment est le secteur le plus énergivore du pays avec près de 43 % de l’énergie totale consommée.

Ces performances thermiques vont-elles durer dans le temps ? Quoi de mieux que de les suivre à domicile ! Cet l'été, 90 capteurs de température et d’humidité ont été placés dans les parois en bois de l'extension de l'ESB. Opérationnels 24h sur 24, 7 jours sur 7, pour au moins une décennie, ils réalisent une dizaine de mesures par jour. « Lors de canicules ou de période de grand froids, nous pourrons prévoir un suivi plus continu. Toutes ces données seront ensuite comparées aux modélisations » précise Francesca Lanata, enseignante-chercheuse à l'ESB. Grâce à 60 capteurs capable de mesurer les déformations du bois et à des accéléromètres mesurant les micro-déplacements, les chercheurs vont aussi suivre l'évolution mécanique du bâtiment. La qualité de l'air intérieur sera aussi étudiée de près.

L'air de nos maisons, en bois ou béton, est en effet loin d'être sain : nos activités, notre mobilier et les matériaux de construction émettent des polluants dans l'air. C'est le cas du formaldéhyde, l'un des polluants les plus problématiques, avec des risques avérés pour la santé. Retrouvé dans la fumée de cigarette, il est aussi présent dans les colles des panneaux de bois agglomérés et contreplaqués. Dans une démarche de développement durable, certains fabricants utilisent du bois recyclé pour les fabriquer. L'ESB travaille à développer un capteur permettant de les sélectionner en amont. « L'idée, c'est d'éviter l'insertion de produits trop émetteurs, produits à une époque où la réglementation était différente » souligne Christophe Belloncle, enseignant-chercheur à l'ESB. Ce type de capteur  permettrait aussi une meilleur valorisation des bois jetés dans les déchetteries. « Chaque année, 16 millions de tonnes de résidus de bois sont récupérés dans les entreprises ou les déchetteries. Or moins de 15% sont recyclés car le tri, souvent uniquement visuel, est assez strict afin d'éviter des contaminations par des produits de traitement contre les insectes, de peintures... ».

Mais dans les bâtiments en bois, on ne trouve pas que des panneaux. Charpente et pièces maîtresses sont composées de bois massif : pin Douglas, épicéa provenant essentiellement des pays scandinaves et germaniques. « On cherche de plus en plus à valoriser les ressources locales, les feuillus notamment » indique Gildas Vaugrenard. Une évidence pour beaucoup, alors que la France détient la troisième futaie d'Europe.

Gaëlle Lahoreau
 

Source : La filière bois en Pays de la Loire, bilan et perspectives, INSEE, mai 2008

 

A écouter, l'interview de Franck Michaud, professeur à l'Ecole supérieure du bois. Emission du Labo des savoirs, Radio Prun, enregistrée le 5 avril 2010.

Infos complémentaires

  • Lire aussi : Au feu les pompiers !
  • Consulter le site : Atlanbois, l’association interprofessionnelle du bois en Pays de la Loire
  • Consulter le site : Salon Maison Bois d'Angers, tous les ans (1er salon en France de la maison bois – salon grand public)
  • Carrefour international du bois de Nantes, tous les 2 ans (salon professionnel)