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Les grandes dames de l’astronomie

Les femmes sont notamment entrées dans les sciences par le biais de l’observation des astres. Quelques dates clefs.

Lorsque j’ai entamé les recherches pour ma thèse sur les livres de vulgarisation de l’astronomie (1686-1880) 1, j’ai eu deux surprises. La première fut de constater que le premier livre de diffusion de l’astronomie, les Entretiens sur la pluralité des mondes, de Fontenelle (1686), a pour héroïne une marquise. Elle donne la réplique avec beaucoup de finesse à l’homme savant qui lui apprend la science des astres. La seconde vint de la lecture de l’article Astronomie de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert (1751). L’auteur y fait une large place aux femmes qui s’illustrèrent dans la pratique de la science. Ces deux éléments m’ont confortée dans la nécessité de laisser une plus grande place aux « dames de l’astronomie » dans mes travaux.

A la fin du 17ème siècle et durant le siècle des Lumières, les sciences sont en vogue dans les salons où se réunissent les “gens du monde”, c’est-à-dire les nobles et les bourgeois fortunés. Souvenez-vous de Philaminte et Bélise, les Femmes savantes de Molière, qui regardent la Lune à l’aide d’une lunette... Les dames, comme les hommes, constituent des cabinets naturalistes. Ce sont en fait des collections de plantes, roches et échantillons divers. Les femmes assistent aussi aux cours publics qui mettent en scène la physique expérimentale. Elles engagent des conversations ou des correspondances avec les savants qui fréquentent les salons. Elles lisent les nombreux ouvrages écrits spécialement pour elles, à la suite de celui de Fontenelle, comme le Newtonianisme des dames (1737), de l’italien Francesco Algarotti. 

Certaines sautent le pas et pratiquent la science. La plupart du temps, ce sont les sœurs, les épouses ou les amies d’un savant de renom dont elles deviennent les assistantes. Comme Nicole-Reine Lepaute, qui collabore fidèlement avec l’astronome Jérôme Lalande. Pour lui, elle effectue les fastidieux calculs nécessaires à la prédiction du retour de la comète de Halley en 1758-59. Elle dresse notamment la carte de visibilité d’une éclipse de Soleil. Jérôme Lalande lui rend hommage dans ses livres.   
 
Des femmes dans l’ombre
 
Emilie du Châtelet, fille d’un aristocrate riche et cultivé, s’adonne aux mathématiques, à la physique et à l’astronomie avec passion, prend des leçons avec les plus grands savants de son temps, achète une magnifique collection d’instruments et traduit les Principes mathématiques de Newton (1749). Aujourd’hui, ses remarquables contributions scientifiques sont souvent oubliées. Si quelques rues portent son nom, c’est au titre de maîtresse de Voltaire ! Dans les faits, la plupart des homologues de Mme Lepaute et Emilie du Châtelet restent dans l’ombre.
 
Plus tard, pendant la Révolution, Condorcet, très influencé par la philosophie des Lumières, préconise bien d’éduquer les filles comme les garçons. Mais ses idées dans le domaine restent lettre morte. Et les premières décennies du 19ème siècle (Empire, Restauration) ne sont pas favorables à l’éducation des demoiselles. Avec la Monarchie de Juillet et le Second Empire, la situation s’améliore un peu. Des conférences sont organisées spécialement pour les dames par le ministre de l’Instruction publique Victor Duruy (1864). Elles s’y rendent l’après-midi accompagnées par leur gouvernante. 
 
Il faut attendre 1880 pour qu’un enseignement secondaire féminin soit mis en place. Les filles ne passent pas encore le baccalauréat : elles s’arrêtent au brevet supérieur. Pendant leurs cinq années d’étude, elles sont néanmoins initiées aux sciences. Or, en cette fin de siècle, l’astronomie a besoin d’une main d’œuvre habile et peu rémunérée pour une opération internationale d’envergure : la Carte du Ciel. Toute la voûte étoilée est photographiée. Dans les observatoires, des bureaux de calculatrices sont ouverts pour repérer les étoiles sur les clichés et faire les calculs associés. Ces calculatrices, sous la direction d’un homme chef de bureau, resteront en poste jusque dans les années 1960. Elles seront remplacées par les… calculettes. Le pendant féminin de l’ordinateur, invention bien plus importante et de genre... masculin. Mais ceci est une autre histoire. 
 
Colette Le Lay, chercheur associé au Centre François Viète à Nantes 
 
1 Soutenue en 2002 au Centre François Viète d’histoire des sciences et des techniques de l’Université de Nantes.