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Les promesses de l'astate-211

Dans la famille des métalloïdes, demandez l'élément astate.

Plusieurs de ses isotopes émettent des particules alpha qui ont pour particularité de véhiculer de fortes quantités d'énergie à très courte distance (moins de 100 μm). Un atout incontestable pour détruire les tumeurs de petite taille ainsi que les cellules tumorales circulantes tout en épargnant les cellules alentours. Et un avantage sur les particules β-, utilisées jusque-là et dont le rayon d'action est de l'ordre du millimètre. Ainsi atteignent-elles le coeur des grosses tumeurs mais manquent de précision face aux plus petites cibles. 
Hélas les isotopes de l'astate se désintègrent très rapidement. L'astate-210 a bien une période un peu plus longue, qui ferait de lui un bon candidat s'il ne produisait pas... du polonium 210. Ce poison ayant notamment causé la mort d'un ex-espion russe à Londres en 2006, exit l'astate-210. L'astate-211 est autrement plus sûr. Et au bout de 7h, il reste encore la moitié de la quantité de radioactivité initiale, ce qui laisse le temps d'agir au niveau des cellules ciblées. 
Les services de médecine nucléaire projettent notamment de l'utiliser pour traiter les formes du cancer de la prostate qui ne répondent pas au traitement hormonal classique, soit 20% des patients. Les cellules responsables de récidives pourraient également être visées pour limiter les risques de rechute. Les équipes ligériennes mènent actuellement des essais pré-cliniques sur l'animal et élaborent des programmes d'études cliniques. De leur côté, les scientifiques d'Arronax travaillent à adapter la puissance et les caractéristiques du cyclotron pour être en mesure de produire de grandes quantités d'astate-211. Objectif : couvrir les besoins de la recherche et le moment venu, ceux des patients bénéficiant du traitement. 

Anne Le Pennec
 

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