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Avoir peur des robots ?

Les robots sont de plus en plus présents dans nos vies professionnelles et privées. Représentent-ils une forme de danger ?

Dans la série Real Humans, une “Hubot” se voit confisquer la garde de l’enfant - un humain - qu’elle a adopté. Pleurant et triste, elle chuchote : “C’est ça, être humain”... Les robots sont de plus en plus présents dans nos vies. Pour l’instant, c’est le monde de l’entreprise qui en fait un grand usage. Mais peu à peu, ils s’immiscent dans nos vies quotidiennes : aspirateurs automatiques, conduite assistée, etc.
Seront-ils un jour nos égaux ? Eléments de réponse avec Jean-Jacques Loiseau, directeur de recherche à l’Institut de Recherche en Communications et Cybernétique de Nantes (IRCCyN).

Un robot, c’est quoi exactement ?
C’est un objet autonome capable de mouvements. Les robots sont donc des objets qui peuvent produire des réactions en fonction des circonstances mais ces réactions ne sont pas programmées à l’avance. Cette notion est importante. Il y a des robots qui jouent parfaitement les partitions de Beethoven au piano. Mais ils ne font qu’appliquer une liste d’instructions programmées dans leur logiciel. Ce sont des automates, ils ne prennent aucune décision et ne produisent pas de réactions. Alors qu’un système automatique interagit avec l'environnement de façon autonome. Ceci dit, dans certains cas, la notion de mouvements physiques ne s’applique pas. Les contrôleurs aériens par exemple sont assistés de programmes très complexes qui les aident fortement dans leurs actions. Ces programmes interagissent avec les contrôleurs pour les aider au mieux dans leur tâche, en proposant des décisions. De tels systèmes peuvent aussi être qualifiés de robots.

Que nomme-t-on intelligence artificielle ?
Cette notion est un peu galvaudée. Elle remonte aux années 50. L’idée était de reproduire l’intelligence humaine. Scientifiquement, cela n’a pas apporté grand chose. Prenez des chariots automatisés dans un hangar. Ils sont programmés pour se déplacer seuls. S’ils rencontrent un autre chariot en se faisant face, ils doivent tous les deux trouver une solution pour se croiser. Si un troisième arrive, les possibilités sont multipliées et ainsi de suite. Avec 2 chariots, on va avoir 10 possibilités, avec 3 chariots, on passe tout de suite à 1 000 par exemple, etc. Tout cela relève du calcul. Idem avec les contrôleurs aériens et les programmes qui les assistent : ce ne sont pas eux qui définissent la logique des actions. C’est l’humain qui s’adapte au fur et à mesure des évènements qui se produisent et le programme s’adapte à son tour en effectuant des calculs pour prendre la bonne décision. Si 99% du travail pourrait être fait par ces programmes, il y aura toujours des décisions que seul un humain pourra prendre. Tout ça n’est pas de l’intelligence artificielle. On est très loin des robots qui apprennent tout seul et qui se mettent à exécuter autre chose que ce qu’on leur a demandé de faire par exemple. Les robots n’ont pour l’instant pas l’autonomie suffisante.

Démonstration à la Nantes Digital Week

N’y a-t-il pas un danger que les robots prennent le travail des humains ?
Les robots provoquent toujours des fantasmes. Mon arrière, arrière, arrière grand-père fabriquait des clous. C’était au milieu du XIXème siècle. Il avait tout un atelier avec des ouvriers. A l’époque, absolument tout se faisait à la main. Le blé était fauché à la main, des troncs énormes étaient sciés à la main, etc. La moitié de la population était occupée par des tâches qu’on n’imagine même plus aujourd’hui. Avec l’arrivée de la mécanisation, puis plus tard des robots, ces populations ont changé de travail. Je prends un autre exemple avec les rames de métro automatisées. Elles n’ont pas de pilote. Mais en réalité, il y a un centre de contrôle où des humains suivent les rames à la trace. Dès que la sécurité des individus est engagée, il y a toujours un humain dans la boucle. Le conducteur est devenu contrôleur. Moi, je le perçois plutôt comme une libération de l’individu.

L’avenir ?
L’avenir est toujours difficile à anticiper. Je pense que les drones vont prendre de plus en plus de place. Dans quelques temps, ce ne seront plus les radars qui mettront des amendes sur les routes, mais des drones ! On en verra en ville aussi pour la surveillance. Je pense aussi à certains systèmes d’aide aux personnes. Comme des sièges électroniques très perfectionnés pour certains handicapés. C’est encore cher, mais on y vient. Avec le développement d’internet et des réseaux de communication, les automatismes et les robots fonctionnent en étant connectés entre eux et avec le reste du monde. L’intelligence distribuée est aussi une clé pour l’avenir.

On est donc très loin de la série Real Humans ?
J’ai trouvé la série très intéressante. Les robots sont tellement proches qu’ils sont considérés d’égal à égal avec les hommes. Cela pose des questions fascinantes. Mais regardez... Au milieu du XIXème, on inventait des machines qui fabriquaient des clous. Aujourd’hui, on a des machines qui réalisent des tâches complexes. C’est vrai que certains robots volent le pain des humains. Mais pour l’instant, ils n’en sont pas conscients, ce sont leurs constructeurs les responsables, et de là à éprouver des émotions comme dans la série, nous avons encore du temps devant nous !

Propos recueillis par L.Salters

Infos complémentaires

Du 12 au 21 septembre 2014, Nantes organise sa Digital Week. Une semaine pour venir découvrir le numérique et approcher des vrais robots.

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