Vous êtes ici

iPS : les greffes de demain

Laboratoire de culture cellulaire. © Inserm/Delapierre Patrick

A Nantes, des chercheurs étudient des traitements pour éviter les rejets de greffes. Des thérapies ciblées qui permettront aux malades de mieux vivre. Mais la recherche est très encadrée.

L'Homme de demain sera un homme "réparé". C'est déjà aujourd'hui un peu le cas. Un rein défaillant ? Si le corps médical trouve un donneur sain, on procède à une greffe. Problème : le corps hôte déclenche une réponse immunitaire. Il considère l'organe greffé comme "étranger". Un peu comme s'il s'agissait d'un microbe. Pour éviter tout rejet par le système immunitaire, les patients greffés sont donc aujourd'hui obligés de prendre des traitements médicamenteux lourds et à vie, qui évitent les rejets et permettent à la greffe de "prendre". A Nantes, au Centre de Recherche en Transplantation et Immunologie, les chercheurs tentent d'imaginer des thérapies permettant aux patients greffés de prendre des traitements ciblés, beaucoup moins lourds, voire même de les supprimer.

"Une réponse immunitaire, c'est comme une balance, résume Tuan Huy Nguyen, qui dirige un groupe de recherche en immunorégulation, transplantation et thérapie génique. Le corps se dit : j'y vais ou j'y vais pas ? Lorsque l'on greffe un organe, les malades prennent des médicaments. Mais ceux-ci inhibent l'ensemble du système immunitaire. Et ils n'induisent pas de tolérance. De plus, ils ont des effets secondaires importants. Les nouveaux traitements ciblés permettent d'inhiber de façon très précise tel ou tel type de réponse immunitaire."
Comment ? Grâce aux thérapies cellulaires ciblées. Prenons l'exemple du foie. Il est très difficile de trouver des donneurs. Les greffes sont donc rares et impliquent automatiquement des traitements anti-rejets très lourds (dits immunosuppresseurs). Les cellules souches pluripotentes induites, plus connues sous leur acronyme anglais d'iPS (induced Pluripotent Stem cell), issues de cellules prélevées sur le patient, peuvent aider à éviter ces traitements. Depuis quelques années, elles sont les "stars" des thérapies cellulaires et font l'objet de nombreuses recherches à travers le monde. Avec elles, la médecine des greffes explore de nouvelles perspectives où les rejets ne constitueraient plus un obstacle. Les iPS sont des cellules qui ont été reprogrammées pour redevenir des cellules souches. La technique des iPS permet d'obtenir "autrement" des cellules souches sans avoir besoin d'en prélever chez l'embryon. Elle consiste à injecter dans des cellules - qui proviennent par exemple de la peau - un cocktail de quatre gènes qui les ramène à l'état de cellules souches embryonnaires. Elles ont alors la capacité de se différencier en de multiples cellules d'organes, comme le foie.

"Comme il est très facile de les cultiver, les iPS constituent potentiellement une source illimitée de cellules pour soigner les patients, commente Tuan Huy Nguyen. C'est une manière de répondre à une crise immédiate de manque de cellules."


Schema : Les cellules pluripotentes induites (IPS). © Inserm / Koulikoff Frédérique

 

Une règlementation bioéthique

Un des points forts qui encourage la recherche dans ce domaine est la question bioéthique. L'utilisation des iPS ne pose a priori aucun problème de cet ordre-là, contrairement à l'utilisation de cellules souches embryonnaires qui était jusqu'à récemment très réglementée. Depuis la première loi bioéthique votée en 1994, députés et sénateurs amendent régulièrement le texte pour préciser le cadre de ces recherches. Dernière adaptation en date, le parlement a adopté en juillet 2013 une proposition de loi autorisant "sous certaines conditions" la recherche sur l'embryon et sur les cellules souches embryonnaires. Jusqu'ici, la recherche était autorisée uniquement sous réserve de l'obtention d'une dérogation à l'interdiction qui était en vigueur.
On est donc passé avec ce texte à une recherche "interdite avec dérogation" à une recherche "autorisée mais très encadrée". Une distinction qui change tout de même la donne pour les chercheurs. Et qui rapproche la France d'autres pays comme les Etats-Unis et le Japon où la législation sur les cellules souches est plus souple.
De nombreuses associations s'opposant à la recherche sur les cellules souches embryonnaires plaident pour que les scientifiques se concentrent sur les iPS. Mais la thérapie cellulaire n'en est encore qu'à ses balbutiements. Même si les perspectives que présentent les iPS sont enthousiasmantes, de grandes questions demeurent. Par exemple, dans quelle mesure cette "reprogrammation" génétique n'induit-elle pas des mutations à plus ou moins long terme qui pourraient altérer le fonctionnement de ces cellules iPS ? En clair, jouer avec le logiciel de la vie demande de prendre tout de même quelques précautions...

L. Salters

Infos complémentaires

Le Dr. Nguyen effectue ses recherches au sein de l’Institut de Transplantation Urologie-Néphrologie (ITUN)/Centre Inserm de Recherche 1064. Ses travaux s’inscrivent dans le programme de recherche de l’Institut Hospitalo-Universitaire IHU Cesti.

Continuez vos recherches sur les cellules IPS en consultant le dossier spécial "Les cellules pluripotentes induites (IPS)" de l'INSERM (Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale).